Théo-philo-Document : Transfiguration: L'agneau immolé

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Chacun de nous doit renaître de la propre vie de Dieu et cela se fait dans la souffrance.

Je voudrais vous raconter un film que les pays de l'Est ont fait, quelque chose de faramineux. Au milieu d'un festival (avec l'homosexualité comme si c'était la mire de l'humanité), un grand cinéaste tchèque arrive avec un film bâti sur quelque chose de réel, décrivant le communisme, l'oppression, les camps, la souffrance, la mort, puis la chute du communisme ; et les intellectuels analysant la situation.

Parmi eux un vieux professeur qui a un cancer n'a trouvé aucune réponse à la souffrance, au vide, à la haine, au mal. Il a fini par poser sa plume. Et il avait une vieille femme qui venait faire son ménage. Elle arrive en retard, il se fâche et lui en demande la cause. Très humblement, elle dit :

- Monsieur, je vais trois heures à l'hôpital...
- Mais c'est insensé, lui dit-il, vous n'êtes pas infirmière !
- Non, Monsieur.
- Mais que faites-vous donc ?

- Voilà, après le communisme, les églises se sont rouvertes et je suis entrée et je me suis posée la question : pourquoi toutes ces souffrances ? Elle ignorait que le professeur se posait les mêmes questions. Et j'ai vu une grande Bible, et je suis tombée sur ce verset : « Il essuiera toutes larmes de leurs yeux. » Alors j'ai compris, Monsieur, je suis partie à l'hôpital et avec un torchon que j'ai fait bénir, j'essuie toutes les larmes qui coulent... et il y en a tellement, Monsieur... je crois bien que c'est comme un fleuve de Vie qui coule du trône de l'Agneau. Et puis, Monsieur, j'ai continué de lire cette Bible... Ils disent : « Ils se passeront de lampes, de nuit et de souffrances il n'y en aura plus... »

- Mais ça ne tient pas debout ! dit le professeur.
- Si, si, même je peux vous continuer le texte : « L'Agneau immolé dès avant la fondation du monde sera leur lumière, ils régneront pour les siècles des siècles » ; ces paroles je les ai comprises en moi, à l'intérieur et soudainement, j'ai cru qu'elles étaient certaines et vraies, mais je ne peux pas vous expliquer. J'ai compris qu'on ne pouvait pas empêcher les hommes de faire le mal ; ils sont libres, mais l'Agneau immolé, lui, il demeure. Monsieur, je crois que c'est cela ma foi.

Alors le vieux professeur, très atteint par son cancer, laissa couler ses larmes sur ses joues et la sainte femme sortit son chiffon béni et elle lui essuya sa face.

Et le film se termine : la face du professeur devient la sainte face des icônes parce qu'il a vécu le don des larmes.

Extrait de la conférence de Françoise Burtz janvier 1996

Le sens chrétien de la souffrance humaine

... A travers les siècles et les générations humaines, on a constaté que dans la souffrance se cache une force particulière qui rapproche intérieurement l'homme du Christ, une grâce spéciale. C'est à elle que bien des saints doivent leur profonde conversion, tels saint François d'Assise, saint Ignace de Loyola, etc. Le fruit de cette conversion, c'est non seulement le fait que l'homme découvre le sens salvifique de la souffrance, mais surtout que, dans la souffrance, il devient un homme totalement nouveau. Il y trouve comme une nouvelle dimension de toute sa vie et de sa vocation personnelle. Cette découverte confirme particulièrement la grandeur spirituelle qui, dans l'homme, dépasse le corps d'une manière absolument incomparable. Lorsque le corps est profondément atteint par la maladie, réduit à l'incapacité, lorsque la personne humaine se trouve presque dans l'impossibilité de vivre et d'agir, la maturité intérieure et la grandeur spirituelle deviennent d'autant plus évidentes, et elles constituent une leçon émouvante pour les personnes qui jouissent d'une santé normale.
Cette maturité intérieure et cette grandeur spirituelle dans la souffrance sont certainement le fruit d'une conversion remarquable et d'une coopération particulière à la grâce du Rédempteur crucifié »...
... La souffrance ne peut être transformée par une grâce venant du dehors, mais par une grâce intérieure. Le Christ, de par sa propre souffrance salvifique, se trouve au plus profond de toute souffrance humaine et peut agir de' l'intérieur par la puissance de son Esprit de vérité, de son Esprit consolateur...

Extraits de la Lettre apostolique « Salvifici doloris» par JEAN-PAUL Il, le 11 février 1984, éditions du Centurion, 22 février 1984, n°26 p. 53 et 55.