Synthèse 1er seuil

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La foi biblique transmise par des générations de croyants depuis la « nuit des temps », plonge ses racines dans le terreau des religions naturelles de l’ancien Moyen-Orient (Égypte,  Mésopotamie, Hittites, Cananéens…). Ces religions antiques ont-elles  quelque chose à dire à l’homme moderne du 21ème siècle, qu’il soit athée, agnostique ou religieux ?

1) Beauté, grandeur, spiritualité des religions naturelles antiques

Si l’on considère qu’il y a toujours eu un lien entre l’art et le phénomène religieux, on ne peut que « rester en arrêt », étonné, émerveillé, lorsque nous contemplons des objets, des figurines, des fresques, émanant des civilisations primitives qui sont à l’origine de l’humanité. Si l’art de nos ancêtres était expression de leur rapport au divin dans la création, alors nous ne pouvons que nous exclamer avec jubilation : «  que leur foi était grande et belle ! » Les images des premières  séquences du montage du 1er seuil, évoquent cette « haute performance » de foi et d’art, inspirée au contact d’un environnement géographique (déserts, montagnes, rivières, forêts…) et des liturgies calquées sur les cycles de la nature. Jean-Paul II, dans la droite ligne de Vatican II (Nostra aetate) nous déclarait : « la création est le premier livre de la révélation que Dieu a confié à l’esprit et au cœur de l’homme ».

2) L’homme de foi aujourd’hui

Loin de reléguer ces  religions primitives aux « oubliettes », en les considérants à tort,  comme un «   retour en arrière » dans  la foi, le chrétien peut être reconnaissant et heureux de considérer avec respect et admiration la « crainte » (dans le sens biblique du terme ) la foi que ses plus anciens ancêtres lui ont transmise et qu’il retrouve notamment dans de sublimes vestiges archéologiques. Dans ce sens, ne devrions-nous pas, visiter un site archéologique (tombeau sidonien 2ème  siècle av.J.C. en terre Sainte par exemple) avec le même respect et la même retenue que nous avons (ou devrions avoir !) lorsque nous pénétrons dans un temple bouddhiste, une mosquée, une église… ?

À ceux qui seraient tentés encore de dire  « rien à voir » entre ces religions antiques et la foi judéo-chrétienne, rappelons-leur l’hymne au dieu soleil égyptien datant de 1350 ans av .JC, chef d’œuvre de poésie, si proche, par les images qu’il évoque, la sagesse qui s’en dégage, le genre littéraire qu’il utilise, des psaumes de création bibliques (Ps 18, 136…) que nous continuons de chanter dans la Tradition des églises d’Orient et d’Occident.

Akhenaton & Néfertit
Akhenaton & Néfertit, © Égypte XVIII° dynastie

3) l’agnostique, l’athée aujourd’hui

Les religions antiques, terreau dans lequel s’enracine la foi judéo-chrétienne, ne peuvent-elles pour une part, répondre aux enjeux et défis écologiques et bioéthiques de nos sociétés modernes ? Un journaliste de radio nationale, abordant ces sujets polémiques considérait dans son propos,  « le poids des religions » qui tiendraient encore l’homme dans un carcan obscurantiste, ralentissant sa marche vers plus de progrès, plus de liberté… Que dire alors des grandes idéologies athées récentes dans notre histoire, et de leurs cortèges de massacres, de goulags, de destructions massives d’œuvres d’art (religieuses justement !) … Jamais l’homme coupé de ses racines religieuses par choix idéologique, n’a atteint de tels sommets d’inhumanité dans son histoire passée.

Mais que dire encore de nos sociétés occidentales actuelles, incapables de donner d’autres perspectives de bonheur, qu’un mode de vie individualiste et consumériste au détriment de l’écologie et du respect de la vie humaine. Pourtant, nombre de nos contemporains, se déclarant agnostiques ou athées,  ressentent  un décalage profond entre leur vie d’homme, qui aspire à une réelle communion avec la création et la vie du monde moderne coupée de la sagesse des traditions et de la nature.

Pour conclure, je dirais que c’est peut-être précisément par le biais des religions antiques, dites primitives ou naturelles, qui sont aux racines de la vie de tout homme croyant (il est aimé de Dieu et le reconnaît) ou incroyant (il est aimé de Dieu, mais ne le sait pas), que nous pourrons dialoguer. En effet, une attirance pour une vie proche de la nature, dégagée du formalisme des religions actuelles (ressenti comme tel par beaucoup de nos contemporains), peut être commune au croyant inspiré par les valeurs évangéliques et à l’« incroyant » inspiré par des valeurs écologiques.

Christophe Le Peltier.