Seuil-01-séquence-8-Royaume

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« Malgré tout, semblait-il, la foi n'y perdait rien. »

L'homme qui ramasse des olives (92), le paysan de la plaine voit les ambiguïtés de la réussite du roi, de l'installation. C'est la relecture de l'histoire de la royauté: ne retombons-nous pas dans ce que nous avons fui ? Mais en même temps, c'est un temps de gloire (93.94.95) : les douze tribus sont unies. Voilà l'idéal que plus tard on voudra retrouver.

Le nomade (96) se souvient d'où il est venu (Exode, désert) : il se pose des questions sur la réussite et ses revers... Une période de gloire qui porte déjà en elle les signes de décadence. (97.98.99). C'est encore une relecture. La dia 99 est ambigüe : est-ce un retour à l'esclavage ? Une régression ? Une démolition ? Ce sont des fouilles, on creuse, on cherche notre sagesse.

Médite, creuse, interroge
  Exégèse-problématiques 

 

"David, infatigable, prenait Jérusalem, asservissait les royaumes alentour."

On situe habituellement le règne de David vers 1000 av. J.-C. mais l'archéologie ne retrouve la trace que d'un royaume très modeste et local, sans mention des rois David et Salomon. Les sources du Moyen-Orient ne mentionnent les royaumes d'Israël au Nord et de Juda au Sud qu'au début du IXème siècle av. J.-C. De fait, passer d'une vie tribale à un royaume important requiert plusieurs générations. Toutefois, si David a été idéalisé par les récits bibliques, c'est qu'il a dû représenter quelqu'un d'important pour le peuple. C'est ce que laisse penser une stèle du IXèmesiècle av. J.-C., retrouvée au Nord d'Israël.

Selon les strates les plus anciennes des récits bibliques, David serait un chef de bande, faisant régner sa police sur les frontières du Sud et non sur un puissant royaume. Probablement d'origine semi-nomade, il apparaît comme chef d'une bande armée constituée d'un ramassis de mécontents (1S 22, 1-2), comme maquisard pourchassé par Saül, comme protecteur, parfois cruel, de paysans-éleveurs du Sud (1S 23; 1S 25, 1-42) et comme allié des Philistins, grands ennemis d'Israël (1S 27)

(Catherine Le Peltier, EFB, pp 115-118)

Lorsque, un siècle après la chute de Samarie, Josias revisitera l'histoire de la monarchie, et celle de David en particulier, sa relecture théologisée idéalise la figure du roi à laquelle il s'identifie lui-même en partie; n'est-il pas un nouveau David ? "Il suivit exactement le chemin de David, son père, sans s'écarter ni à droite, ni à gauche." (2 R 22,2)

La grande flèche verte indique le mouvement de relecture dans laquelle une figure ancestrale, David, est reprise par Josias, pour actualiser le dynamisme de la foi.
  Théo/Philo-problématiques 

 

"... avait, lui aussi, reçu la royauté."

Institution humaine ou institution divine ? Dans la Bible, l'institution royale a une double origine. D'un côté, l'onction d'un roi résulte du choix de Dieu: c'est YHWH qui choisit Saül (1S 9, 17) aussi bien que David (1S 16, 1). De l'autre, elle résulte de la demande populaire, aussi bien pour Saül (1S 8, 7.22 et 12, 1) que pour David (2S, 4 et 2S 5,1). Cette double origine reflète le rituel d'intronisation des rois, qui comprenait à la fois une onction sacrée et une acclamation populaire.
De la féodalité cananéenne à l'attente d'un roi messianique selon le cœur de Dieu : dans cette double origine s'exprime avant tout une distance critique vis à vis de la monarchie. En effet, une partie du peuple a connu l'oppression du joug des rois cananéens et c'est YHWH qui l'en a délivré ! Accepter qu'un roi prenne la tête du peuple, n'est-ce pas risquer de retomber dans ce qu'il a connu (1S 8, 11-17) ? Si un homme règne sur le peuple, il devra se soumettre au Seigneur !
Dans les siècles suivants, de déception en déception, la conviction se forge que seul Dieu peut régner sur le peuple. En même temps grandit une attente, celle d'un roi oint, d'un messie juste et humble apportant une ère de paix et de bonheur (Is 11,1).

(Catherine Le Peltier, EFB, p 122)

"Tout cela faisait peur... Malgré tout, semblait-il, la foi n'y perdait rien."

Nathan, prophète et garant du Credo, dénonce le péché du roi par une parabole (2S 12, 1-15) Le peuple peut se reconnaître pécheur, le roi aussi, parce qu'il découvre que Dieu ne l'abandonne pas, mais continue à marcher avec lui.

"Il est hélas souvent plus difficile de gérer la victoire que de vaincre au combat."

La réussite, le succès, la victoire, tout est reçu comme des dons de Dieu. On était des petits, et il nous fait asseoir à la table des princes... Ce n'est qu'en s'enracinant dans ses origines que le peuple pourra rester malgré tout fidèle à l'Alliance. C'est l'enjeu existentiel d'Israël: "Souviens-toi..." (Dt 24,17-18; Dt 15, 15 ; Dt 8, 2)

 (Gam 1er Seuil, p114)

Parle
  Exégèse-thèses 

 

"La braise de Canaan couvait dessous la cendre des sacrifices en l'honneur de YHWH..."

Péché ! Le péché majeur de David aura été d'avoir mis la main sur les tribus du Nord et d'avoir massacré les gêneurs, selon les accusations de Shimeï (2S 16,5-8) Le récit de l'ascension de David justifie l'annexion des tribus du nord par le sud en soulignant que la royauté a été offerte par Jonathan à David.
Les péchés du roi sont racontés et dénoncés, pourtant David reste roi; il sera même idéalisé. Dans les systèmes mythiques, les rois sont divinisés et un tel aveu causerait leur perte et mettrait en péril le système. Ici, au contraire, l'histoire semble continuer dans une perspective constructive. Ainsi, la foi en YHWH n'est pas mise en cause, le fait même que le roi soit reconnu pécheur met au contraire en lumière qu'elle est bien vivante. Le prophète en est le garant.

 (Gam 1er Seuil, p111)

"Les fils de Rachel et les fils de Léa accueillaient pour ancêtres les parents de Juda, Abraham et Isaac."

Généalogisation : Si l'on peut situer sous Jéroboam II, un peu après Achab, les premiers écrits ayant pour objet la lutte anti-Baal, c'est qu'il y avait une royauté bien installée dans le Nord à cette époque. Par contre, le Sud devra attendre les apports de l'Alliance avec le Nord puis, plus tard, l'afflux de ses réfugiés pour qu'on assiste à la mise en commun des souvenirs d'Exodes, et des codes résultant de l'assimilation/rejet. Une fois la Royauté installée, la littérature se met en branle. Le roi doit appuyer sur les "mémoires"  les actions qu'il met en œuvre pour diriger son peuple. C'est pourquoi, dès qu'une royauté en a les moyens, elle fouille les annales des ancêtres, celles des conflits avec les autres cités-état, les "mémoires" des sanctuaires, les codes d'alliance, les listes généalogiques ou les "livres des jours" pour appuyer sa politique sur la foi de son peuple. C'est ce qui s'est passé pour la Bible. Il est fait souvent allusion à de pareils recueils d'archives dans les livres de Josué (Jos 10,13) Samuel (1S 10,25) et des Rois (1R 12,41; 1R 14, 19.29)
(Jacques Bernard, LFB p 178)

Cf. Referen-ciel : Fils de David (de l'origine à Jésus)
Cf. Referen-ciel : 1S 22, 1-5
Cf. Referen-ciel : 1S 26
Cf. Referen-ciel : 1R 1, 11-53

  Théo/Philo-thèses 

 

La conscience du péché est un acte de responsabilité devant un partenaire divin dont la présence sainte va révéler toujours plus notre liberté meurtrière et idolâtre. En fait, Israël ne peut plus retourner à sa situation antérieure: la seule religiosité mythique ne peut plus être pour lui son sol natal. Il a connu autre chose: et c'est ça le problème ! Si son Créateur le jetait comme un potier jette un vase raté, Israël se disperserait en poussière, en s'intégrant à nouveau parmi les nations... Mais la conscience de son péché le maintient encore ensemble. Car c'est sa vocation qui lui révèle sa trahison. La présence de Dieu le divise en lui-même. Il a perçu en lui une autre dimension qui lui rend insupportable le retour des mythes. Il est fait pour la relation et il se découvre sans cesse pécheur. C'est la relation qui met en lumière ses choix égocentriques et les lui fait précisément ressentir comme des malheurs. La relation avec Dieu se vit d'ailleurs parfois comme un véritable combat, dont Israël sort blessé. La douleur du péché est l'envers de la grâce.

(Jean-Marie Beaurent, RTP p 108)

" La relecture de l'histoire de David, au fil des siècles, montre que chaque génération a remodelé le portrait royal en fonction des enjeux du moment. Ce travail d'écriture n'est-il pas pure fabrication humaine ?
À moins que les méandres des relectures ne laissent entrevoir, à travers les lignes et les aléas de l'histoire, quelque chose d'étonnant : Dieu accepte de se compromettre dans l'histoire, frayant la route avec son peuple, se faisant partenaire et lui faisant découvrir, chemin faisant, son pardon.
La façon même dont s'est écrite "l'histoire sainte" témoigne de ce partenariat. Dans sa patience, Dieu laisse l'homme reconnaître progressivement son visage et son désir bienveillant pour l'humanité. Sa confiance va jusqu'à lui laisser la responsabilité de retranscrire cette découverte dans ses écrits sacrés, à son rythme et avec ses mots."

(Catherine Le Peltier, EFB, p 124)

Cf Referen-ciel : Généalogisation (aperçu global)

 

 

 

Contemple
Étoile de David, Capharnaüm © Jean-Noël Michalik

 

Après une victoire contre les Ammonites, Saül fut sacré roi sur les tribus du Nord. Il fallait en effet s'unir contre les Philistins... Plus fort aux embuscades, Saül succomba devant les chars de fer,  dans la plaine où Déborah avait vu la victoire... Déjà désemparées, les tribus du Nord apprirent de surcroît qu'en Juda, dans le sud, le vainqueur de Goliath avait, lui aussi, reçu la royauté et se posait en rival. Intrépide au combat, il avait servi les Philistins. Et le voilà qui montait aujourd'hui attaquer notre armée, assassinait nos chefs !

Qu'on le voulût ou non, il fallut bien se ranger sous son sceptre, puisque telle semblait être la volonté de Dieu ! David infatigable, prenait Jérusalem, asservissait les royaumes alentour. Dieu était avec nous ! La cour réunissait notables et savants et gouvernait un empire ! Oh certes, on sacrifiait encore aux coutumes du lieu, la braise de Canaan couvait dessous la cendre des sacrifices en l'honneur de YHWH et l'on cachait bien mal le poids des compromis, la guerre fratricide qu'on masquait à la cour, l'adultère du roi, la victime que l'on tue, l'Arche que l'on ne sort plus pour guider les combats, l'exploitation du pauvre par les gens de la ville. Tout cela faisait peur...

Malgré tout, semblait-il, la foi n'y perdait rien. La famille, au contraire grandissait. Les fils de Rachel et les fils de Léa accueillaient pour ancêtres les parents de Juda, Abraham et Isaac.  Au dire de nos poètes, ils n'étaient pas des étrangers, et les vieux sanctuaires gardaient leur souvenir... L'Arche était à l'honneur en la ville du roi et l'on chantait les psaumes. L'époque portait en elle l'espérance des Pères et la promesse de Dieu.

Il est hélas souvent plus difficile de gérer la victoire que de vaincre au combat. Que de fois n'a-t-on pas vu l'esclave devenu roi imiter le tyran devant qui il a fui !  Tel était le dilemme de ce nouveau Royaume. Salomon éblouissait l'univers. La cour resplendissait, la fille de Pharaon y arrivait parmi les favorites. Les femmes étrangères venaient avec leurs dieux orner le nouveau diadème, les cultes fleurissaient qu'on avait combattus. Tout le monde travaillait plus dur que jamais. Et, à la cour du roi, on était en quête de Sagesse.