session-18-seuil-04-séquence-08 Pardon

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« Le pardon des mains de l'Envoyé... »

Le sacrement de réconciliation prend sa source dans le visage de Jésus, dans son ministère qui a été essentiellement un ministère de réconciliation... Le pardon est contenu dans le baptême. Le sacrement est apparu progressivement dans l'Église primitive en référence aux paroles du Christ.

C'est toute la vie de Jésus qui est oeuvre de pardon recréateur et de réconciliation avec le Père.
Cela s'accomplit à la Croix : Jésus est en lui-même sacrement du Pardon.

Médite, creuse, interroge
  Exégèse-problématiques 

 

"Sacrement du pardon", plusieurs termes mettent l’accent sur un aspect du sacrement : Pardon, Pénitence, Réconciliation, Miséricorde, Confession... [CEC 1423-1424] Il est, avec l’Onction des malades, un sacrement de guérison : CEC 1420-1421.

Le Pardon dans les Seuils de la foi : « Qui pourrait mesurer ce qu’il est devant Dieu ?»

Inscrire la sacramentalité du Pardon dans les Seuils de la foi permet de mesurer et de préciser son sens proprement chrétien. Dans toute religion, on a conscience que Dieu seul peut pardonner. Dans les religions traditionnelles : différents rites sont pratiqués (sacrifices de réparation, de satisfaction, purifications, ascèses...) afin de recouvrir l’harmonie perdue, d’obtenir l’apaisement du courroux des dieux. Souvent, ce vieux fond perdure en l’homme, sous une forme ou l’autre.

Premier Seuil : on fait mémoire du péché du peuple, des rois pour souligner le pardon divin.

Il y a une découverte particulière de la réalité du péché/pardon à travers le processus d’assimilation/rejet : ce péché est infidélité à YHWH qui est le dieu proche, relationnel en qui Israël doit apprendre à faire confiance pour tout. Par l’intermédiaire des juges et des prophètes, Israël se découvre pécheur, mais pécheur pardonné et pardonné gratuitement. Son infidélité n’engendre pas la mort, ni la rupture définitive de la relation : il suffit qu’il crie vers Dieu, se reconnaisse pécheur pour que le pardon soit donné (2 S 11-12 : le péché du roi est reconnu, mais David n’est pas supprimé, ni destitué). Le péché et le pardon sont objets de révélation et font pleinement parties de la révélation.

Deuxième Seuil : révélation et conscience du péché et du pardon s’approfondissent.

Cf. les prophètes Amos, Osée, 1er Isaïe... Avec la théologie de Josias, sa dimension collective se renforce à travers ce qui semble être la plus grande punition : l’Exil (Ex 17,7). Ézéchiel relativise la dimension collective : chacun paie pour ses propres fautes ; il souligne l’incapacité d’Israël à être fidèle ; Dieu ne pardonne que pour maintenir sa gloire ; Il devra donner à son peuple un cœur et un esprit nouveaux. La relecture deutéronomiste renforce la culpabilité.

Avec le deuxième Isaïe est révélé à Israël qu’il n’a pas la mesure de son péché, ni celle du pardon de Dieu qui est infini et peut recréer (Is 43,9). Si le péché est « mémorial », le pardon l’est plus encore et ce qui apparaît malédiction, punition, Dieu le donne mystérieusement à porter par son serviteur (Is 53,4).

Le Temple est, depuis le retour d’exil, le lieu où le peuple reçoit le pardon de Dieu : offrande de sacrifices pour les péchés et pour être en état de pureté. Lors de la fête de Kippour,  fête des Expiations,  qui précède la fête des Tentes, le grand Pardon donné (Lv 16). L’Alliance est éternelle.

Mais pour le 3ème Isaïe, Dieu ne règne plus sur son peuple et seule une nouvelle intervention de Dieu pourra redonner une Alliance nouvelle et un pardon nouveau : naissance de l’apocalyptique.

Ainsi, pour certains Juifs le Temple de Jérusalem est inapte à remettre Israël en Alliance avec Dieu : l’adepte de la communauté de Qumran obtient le pardon par deux bains par jour ; une fois lavé du péché, il mange avec les anges. Le Baptiste et ses disciples se préparent au jour du Seigneur en recevant un baptême de pénitence : confession des péchés sans passer par le Temple, changement de vie.

Troisième Seuil : les temps de la miséricorde

Jésus prêche et apporte le pardon du Père, donné gratuitement à tous ceux qui veulent bien l'accueillir. Paraboles, Sermon sur la Montagne, miracles et guérisons l’attestent. Seule condition : se reconnaître pécheur. Le seul péché irrémissible est le blasphème contre l’Esprit, parce qu’il ferme tout accès au pardon.

Lc 15 : Le Seigneur, tel un berger amoureux de sa brebis, quitte tout pour retrouver celle qui est perdue. Quand il la retrouve, c’est une joie indicible à laquelle tout le ciel participe. Plus besoin de Temple, ni de sacrifice, ni d’ablution pour se présenter devant Dieu... Lui-même fait le premier pas, vient chercher son peuple et assume tous les frais de la réconciliation... (Lc 15). Voir aussi Lc 19,1-10 (Zachée) et Jn 8,1-11 (femme adultère). Ce pardon est une véritable recréation  (Lc 23,34).

[GAM 4S/95-96]

17 Le Christ nouvel Adam (péché originel), © Jacques Bernard/Catherine Le Peltier
  Théo/Philo-problématiques 

 

Quelques questions autour du sacrement du Pardon

■ Pourquoi le sacrement de la réconciliation après le baptême ? (CEC 1425-1426) Saint Ambroise dit que « dans l’Église, il y a l’eau et les larmes : l’eau du baptême et les larmes de la pénitence » cité par le CEC 1429.

Les disciples et les apôtres ont fait l’expérience d’un chemin de conversion. À plusieurs reprises, Jésus les a remis dans la communion ; de même, le chrétien s’engage dans un long processus de conversion. La miséricorde du Seigneur Jésus l’accompagne dans ses difficultés et ses chutes.

■ Dieu ne peut-il pardonner indépendamment du sacrement ? Pour répondre à cette question, les Seuils de la foi montrent la pédagogie de Dieu : 1er seuil : Dieu offensé pardonne (CEC 1440). 2ème seuil : Seul Dieu peut remettre les péchés (CEC 1441) 3ème seuil : Le Seigneur Jésus a remis la charge de ce ministère à ses apôtres.

Mais il a remis à son Fils le ministère du Pardon et le pouvoir de pardonner, expressions de la sollicitude et de la patience de Dieu, pédagogie de l’Incarnation.

Le Christ a voulu que son Église soit le signe et l’instrument du pardon acquis au prix de son sang.

■ Nécessité du prêtre : il représente le « Christ tête », le Shaliah, l’Envoyé. Il ne pardonne pas de lui-même mais au nom du Christ Jésus et de l’Église. Voir plus haut : le sens du sacrement du pardon et CEC 1461-1462. Le prêtre est le signe et l’instrument miséricordieux de Dieu envers le pécheur. Il est serviteur de la Parole de DieuCEC 1465 à 1466.

■ Accompagnement spirituel et sacrement : La confession régulière des péchés habituels, même s’ils ne sont pas objectivement très graves, aide à former notre conscience, à lutter contre nos penchants mauvais et à nous laisser guérir par le Christ, à progresser dans la vie du Christ (CEC 1458).

■ La validité d’un sacrement ne dépend pas de la dignité du ministre. Dieu seul connaît le fond des cœurs et peut mesurer la grandeur du péché. Pourtant la sainteté du ministre a une grande importance Cf. le Curé d’Ars.

■ « Tous» les péchés : notamment les plus graves (CEC 1456). Parfois, il faut être aidé pour avouer un péché perçu comme insupportable ou irrémissible. L’accompagnement spirituel, une retraite, le témoignage d’autrui peuvent beaucoup aider. Parfois aussi, ce sont les autres, un frère, un proche qui nous révèle notre péché (Cf. Nathan et David). (Jn 3,20). CEC 1467

■ Confession des péchés et communion sacramentelle : la confession des péchés graves est nécessaire pour pouvoir communier sacramentellement. En effet, elle est communion au corps du Christ qu’est l’Église (CEC 1457).

■ Personnes séparées vivant maritalement et sacrement du pardon : CEC 1650; Cf. site internet portsaintnicolas.

■ La conscience du péché : plus on s’approche de l’Amour qu’est Dieu, plus la moindre offense est perçue comme grave parce que blessant l’amour, mais plus aussi la confiance est grande en la miséricorde de Dieu. Chacun est appelé à affiner sa conscience au sein de la communauté chrétienne en se faisant accompagner. Notons que certains péchés graves peuvent sembler être admis dans la société humaine, tels la médisance, l’adultère, l’abus de pouvoir sur quelqu'un de faible, etc. (CEC 1860)

Aucun péché n’est irrémissible. Mais nier la faute, ne pas vouloir y renoncer empêche de recevoir le Pardon. Notons que certains péchés particulièrement graves demandent des démarches particulières. (CEC 1463)

■ Absolution individuelle, personnelle : CEC 1483-1484. Des célébrations pénitentielles, avec le sacrement individuel existent.

■ Les indulgences : CEC 147114781479

■ Le secours de la communion des saints : CEC 1474 à 1477

On peut se procurer un fascicule qui donne des repères pour se préparer à la confession, dans différents sanctuaires (Lourdes, Ars, Fatima... à Paris : saint Sulpice, rue du Bac...).

[GAM 4S/98-99]

Parle
  Exégèse-thèses 

 

Quatrième Seuil : Le pardon dans la Croix : « Le pardon  des mains de l’Envoyé... »

Après Pâques, la Résurrection de Jésus confirme tout ce qu’il avait annoncé : le Ressuscité pardonne à ses apôtres et les envoie pour qu’ils continuent son œuvre de réconciliation. La prédication de Jésus reprend par la bouche et les mains des apôtres attestant que les temps de la miséricorde sont bien là. L’annonce de la réconciliation du monde avec Dieu comporte l’appel à la repentance et à la conversion (Ac 2 et 3). Elle est le cœur de la prédication et du ministère des apôtres (Jn 20,20-23 ; 2 Co 5,20-6,2 : Laissez-vous réconcilier avec le Christ...). Ainsi, le sacrement de réconciliation prend-il sa source dans le ministère de prédication et de guérison de Jésus et dans sa mort sur la Croix.

Rm 3,25 affirme que Jésus par le don de sa vie en pardon a remplacé le Kapporet ou propitiatoire. C’est bien lui désormais le Temple nouveau en qui nous avons le pardon des péchés.

La lettre aux Hébreux reprend la théologie juive du sacrifice pour les péchés et montre comment Jésus est à la fois le grand prêtre, la victime et l’autel ; il remplace complètement le Temple. [Fondements p. 437]

Ce pardon est à vivre dans toutes les relations, dans la communauté et même envers les ennemis (Mt 18,15-18 ; Ep 4,30-32 ; 1 Jn 1,6-10). Le croyant reçoit le pardon par le Baptême et le Pardon sacramentel qui en est le déploiement. Il accompagne le chemin de conversion en : ■ réconciliant le croyant avec Dieu ■ en le remettant en communion avec le corps du Christ qu’est l’Église ■ en le réinstaurant dans la vie nouvelle reçue au Baptême. L’efficacité ou la fécondité du sacrement suppose une démarche réelle la part du pénitent.

Toute l’Église est concernéeCEC 1468, CEC 1469.

La communauté ecclésiale est appelée elle aussi à se reconnaître pécheresse. C’est ce qu’elle vit au début de l’Eucharistie et lors de certains temps liturgiques : carême, vendredi saint... Mais il peut y avoir aussi d’autres moments. CEC 1427-1428

[GAM 4S/96-97]

  Théo/Philo-thèses 

 

La démarche du sacrement de pénitence comprend :

■ la contrition du cœur (CEC 1451) et une préparation à la lumière de la Parole de Dieu (CEC 1454).
■ La confession ou l’aveu des péchés... notamment les plus graves en référence au Décalogue et aux préceptes évangéliques (CEC 1455-1456).
■ L’absolution : le prêtre donne le pardon au nom du Christ (CEC 1449).
■ La réparation ou satisfaction : la simple justice exige que l’on répare l’offense faite lorsque cela est possible. La réparation relève le pécheur et le guérit (CEC 1459).
■ La pénitence donnée par le confesseur est un remède (CEC 1460).

Nouveau rituel: les composantes du sacrement

Du point de vue des formes de la pratique pénitentielle on peut distinguer quatre éléments qui apparaissent tout au long de l'histoire comme constitutifs de la démarche chrétienne de réconciliation :

  1. S’accueillir mutuellement, comme le Christ a accueilli les pécheurs.
  2. Écouter la parole de Dieu qui annonce la réconciliation en même temps qu’elle invite à la conversion, à la pénitence. Par l'écoute de la Parole, naît et se développe la contrition dont dépend la vérité de la pénitence.
  3. « Confesser » l’amour de Dieu en même temps que notre péché. Cette confession ne saurait se réduire à la seule accusation des péchés. Selon la tradition la plus ancienne de l’Église, cet acte intègre dans une même démarche confession de foi, confession des péchés et action de grâce. Pénitent et ministre confessent ensemble l’amour de Dieu à l’œuvre en ceux qui reviennent à lui.
  4. Accueillir le pardon de Dieu pour en être les témoins. Dans cet acte sont engagés le ministre qui donne l’absolution et le pénitent qui manifestera dans sa vie les fruits du pardon.

 

Le pardon déborde la célébration du sacrement :

■ La miséricorde et le salut n’appartiennent qu’à Dieu.
■ La manifestation du salut nous a été donnée en Jésus, puis en Église : le salut est là et toute vie de charité, de prière, de pénitence le manifeste.
■ La garantie que ce salut de Dieu est vraiment donné à quelqu'un : dans le sacrement, Dieu s’engage à authentifier son salut.
■ Le sacrement de la réconciliation est ainsi la garantie d’une action de salut, d’une œuvre de l’Esprit beaucoup plus vaste que le sacrement et que l’Église elle-même. [CEC 1480]

L’Onction des malades : Ce sacrement fait partie, comme celui de la réconciliation, des sacrements de guérison. CEC 1420-1421 ; 1500-1532

L’histoire du sacrement du pardon : «  Et Dieu qui veut toujours tout nous manifester... » ■ Au cours des siècles, la forme concrète selon laquelle l’Église a exercé ce pouvoir reçu du Seigneur a beaucoup varié... [CEC 1447-1448]. ■Après avoir été un second baptême, avec une mise au ban et une pénitence très longue, la réconciliation va devenir, avec les moines irlandais, secrète et réitérable. [CEC 1446]. ■ Au Moyen Age, l’Église édite des pénitentiels. Saint Thomas distinguera quatre éléments constituant du sacrement : la contrition, l’aveu des péchés, la rémission et la satisfaction.

[GAM 4S/97]

Contemple

Qui pourrait mesurer ce qu'il est devant Dieu ? Devant tant de bonté, qui se dirait fidèle ? L'amour offert peut seul donner la mesure du refus.

Après sa mort, le Christ ressuscité a dit à ceux qu'il envoyait : "Enseignez les nations ! Donnez-leur mon visage ! Qu'ils apprennent de moi la mesure de l'amour et celle du péché". Ce visage, à lui seul, est déjà un pardon puisqu'il renoue le lien entre Dieu et les hommes. Et Dieu, qui veut toujours tout nous manifester, nous offre le pardon des mains de l'Envoyé.