session-18-seuil-04-séquence-05-L'Esprit-Saint

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« Recevoir l'Esprit »

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sq-4-05, © Mess'AJE

 

Partie gauche : 44 --> 48 : ce qui permet de sentir qu'il y a quelque chose à attendre :

  • Ce qu'on a vécu avec Lui : repas, paroles, gestes, la Cène, le don de Sa vie sur la Croix, les signes, les apparitions...
    On pouvait le reconnaître comme Seigneur.
  • On a déjà tout reçu et pourtant "on n'osait pas croire encore".

Partie centrale : 49 --> 50 : la venue le l'Esprit-Saint

  • Ce que l'Esprit est : vent violent, soudain, une venue dans le temps. "Tout à coup survint..."
  • Tout change et bascule.

Partie droite : 50--> 55 : Ce que fait l'Esprit Saint : il ajuste, divinise, sanctifie, il fait des envoyés "shalihim"

  • La vie dans le Christ rend visible sa vie, la rend compréhensible, il prie en nous et rend présent (mémorial)
  • Cf. Rm 8 : "Maintenant que nous sommes son visage."

Dans cette séquence, le texte prime : on "attendait", "on n'osait pas croire". Les disciples encore blessés par leur propre lâcheté à l'heure de la Passion, s'ouvrent progressivement au don de la Résurrection. S'ils veillent et reçoivent tout de Dieu dans l'humilité, par le Christ, c'est l'Église qui naît, c'est la divinisation qui commence : le baptême en est le sacrement d'initiation.

Médite, creuse, interroge
  Exégèse-problématiques 

« Rassemblés au Cénacle.. » : 1-Que représente la fête de Pentecôte ?

Shavouot fêtes des semaines, ou fête de la moisson : Lv 23,15-22 ; Ex 23,16. En grec, Pentecôte : « cinquante », clôture de la fête de Pâque (pesah). À l’origine une fête agricole : action de grâce pour la récolte du blé en mai-juin avec l’offrande des prémices (Dt 26,10). Shavouot devient après l’exil une fête du renouvellement de l’Alliance ; elle est célébrée encore au temps de Jésus par l’illumination des collines de Jérusalem, évoquant le diadème de la fiancée, Jérusalem, Israël, cf. Is 62,3-5. Après la scission entre juifs et chrétiens en 85 ap. JC, elle devient la fête du don de la Torah créatrice du monde et donc, par extension, de la création. Cf. Séq-2-26, judaïsme rites. La Pentecôte prend un sens spécial pour les disciples de Jésus : elle devient célébration de la nouvelle Alliance... En effet ils ont pu célébrer des repas de Pentacontades avec le maître. Rassemblés en cette fête, ils en font mémoire, ils se tiennent dans la prière, avec Marie. Pour les chrétiens, Pentecôte devient le mémorial du don de l’Esprit de Jésus, nouvelle Torah, qui renouvelle la face de la terre (Ps 104). [Fondements p. 460] Le don de l’Esprit est assimilé à la fête de Pentecôte. Cette conjonction est avant tout liturgique - il y a eu d’autres effusions de l’Esprit Saint Cf. Jn 19,30 ; 20,22 ; Ac 4,30-31 ; 10,44 - ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas eu une effusion particulière à la Pentecôte. (CEC 731)

« On attendait... » :  Dans le courant officiel, l’Esprit Saint est la relation d’amour entre le Père et la Torah ; il est donné aux sages d’Israël pour interpréter la Torah afin que le peuple soit fidèle à l’Alliance. L’Esprit du Seigneur repose sur Israël tout entier, guidé par le Sanhédrin, qui veille à la juste interprétation de la Torah écrite et orale, il n’y a plus de prophète individuel. [Cf. Séq-3-09 Torah nouvelle]

Dans le courant apocalyptique, on attend que le ciel se déchire, que Dieu parle à nouveau à travers un prophète et des manifestations célestes (Is 61,1-63,19). Par exemple, à Qumran, à travers le maître de justice... l’Esprit Saint passe par la réouverture de la prophétie. À l’époque de Jésus, beaucoup attendent : Élie (Ml 3) Ne devra-t-on pas être réconcilié et se préparer pour la venue de Dieu ? (Cf. Baptistes) [Cf. Annexe 4.1 mon père Abouya, midrash juif]

 

«Dans l’Esprit » : 2-Comment l’Esprit Saint signalait-Il déjà sa présence dans les Seuils de la foi ?

N’est-ce pas une expérience universelle ? L’Esprit divin est présent dans toutes les religions et tout homme peut faire une expérience spirituelle à travers la nature : le vent souffle, caresse, fait bouger les feuilles, provoque la tempête, mais nul ne le voit, ni ne le maîtrise... La respiration, échange d’air invisible, est vital, sinon on « rend son dernier souffle ». Etre habité par quelque chose qui vient d’ailleurs, qui donne force, chaleur, lumière, motivation, inspiration (muses, transes, divinations, oracles comme la célèbre pythie de Delphes...), des moments dits "magiques": rencontre, naissance, communion à un événement ou à quelque chose de beau. L’amour aussi transporte comme hors de soi-même. ■ Ces expériences se caractérisent par le fait qu’elles sont « données » : on reçoit des paroles, images, intuitions... à travers lesquelles on accède à un sens de l'homme, à un sens du monde, parfois à un sens de l'Absolu, qui nous dépassent. C'est comme une « zone frontière », à la frange de l'inconscient, un point de dépassement, où surgissent des paroles fortes, des images qui réveillent les aspirations de l'homme, le mettent en route vers un « ailleurs ». L’expérience spirituelle fait toucher au sacré et développe l’aspiration à toucher au sens dernier du monde et de l'homme : vérité à laquelle l'homme ne peut accéder par lui-même. Mais, la tentation est de chercher à produire par soi-même, cet état "subliminal" : écoute d’ondes « alpha », transes, boissons alcoolisées, drogues... ■ Dans le monde animiste, les esprits sont omniprésents : esprit de la forêt, du fleuve, du désert... l’esprit des ancêtres. Ils peuvent avoir une action bénéfique ou maléfique. Chamanes, sorciers, magiciens les convoquent et négocient avec eux pour s’assurer de l’avenir, de la fécondité, etc. Souvent, ces religions ont l’intuition d’une présence spirituelle à l’origine du monde et de laquelle l’homme doit se recevoir. [Cf. O Grand Esprit] ■ Dieu révèle quelque chose de lui à travers ces expériences : Il prend sur les lèvres des hommes et des peuples, les images, les mots, les représentations du divin et les expériences spirituelles, pour se dévoiler et mener peu à peu, et par seuil de foi, à la vérité de son mystère... [Cf. fiche / Égypte, Canaan, Bible, LG]

  Théo/Philo-problématiques 

«Survint du ciel un vent violent » :  3 - Qu’en est-il au quatrième seuil ? L’œuvre de l’Esprit Saint de Jésus après Pâques.
 

Est-ce vraiment l’Esprit de Dieu ? Réponse de Gamaliel : « Laissez-les, car, si leurs propos ou leur œuvre vient des hommes, elle se détruira d’elle-même, mais si vraiment elle vient de Dieu, vous n’arriverez pas à les détruire. » (Ac 5,38) Les fruits de l’Esprit et leurs effets dans ceux qui l’accueillent sont un critère : paix intérieure, joie, miséricorde, bienveillance, vie de charité et de pardon jusqu’au martyre... (Ga 5,22) Mais en définitive, la question demeure : comment se fait-il que certains reconnaissent que c’est bien l’Esprit de Dieu qui est à l’œuvre et d’autres non ? Chacun est remis devant sa conscience et devant Dieu : l’accueil et le non-accueil de la révélation de Jésus demeurent un mystère.

Le concile de Constantinople en 381 réagit à une hérésie d’Eunome qui consiste à dire que l’Esprit est inférieur au Fils. Basile de Césarée et le Concile affirment que l’Esprit est Seigneur, qu’il procède du Père et du Fils et reçoit même adoration et même gloire.  C’est la question du filioque qui a divisé les chrétiens d’Orient et ceux d’Occident en 1238 : les orthodoxes respectent l’économie du salut en disant que l’Esprit Saint procède du Père, par le Fils. Les catholiques au 9eme siècle remplacent par « et du Fils ». Cf. CEC 246-248 ; 264. Croire en l’Esprit Saint, c’est professer que l’Esprit Saint est une des Personnes de la Trinité. L’Esprit Saint est à l’œuvre avec le Père et le Fils du commencement à la consommation du dessein de notre salut. Mais c’est dans les derniers temps qu’il est révélé et donné, reconnu et accueilli comme une Personne. Le travail des Pères et des conciles est de traduire l’expérience de l’Esprit Saint en concepts grecs avec le risque de la réduire à des notions abstraites. Il faut donc derrière les dogmes retrouver l’expérience.

« Et Dieu qui depuis Jésus Christ n’a plus de secret pour les hommes... » 4-Dieu est Père, Fils et Esprit Saint  L’Esprit Saint est-il Dieu ?

Avec Jésus, les disciples ont fait l’expérience du Fils totalement ajusté au Père et qui initie à une attitude filiale (Jn 17) dans le mystère de la Trinité (Jn 14,11). Ce dévoilement et cette communion refusés, le Fils s’offre en pardon afin qu’à jamais l’accès à la vie trinitaire demeure ouverte aux hommes.

« L’Esprit s'unit à notre Esprit pour crier : «Abba, Père » : 5-Avec une telle mystique chrétienne, comment expliquer la présence du péché ?

Paul propose une mystique chrétienne s’enracinant dans la charte du Royaume (1 Th, 1 Co...). Déjà Jésus appelait à une alliance d’amour avec Dieu, à vivre dès ici-bas sur la terre comme au ciel. Les chrétiens après l’effusion de l’Esprit pouvaient croire que le ciel était arrivé sur la terre. Or, Paul constate ce scandale du péché dans les communautés (1 Co). Jean, est lui assi confronté aux difficultés des communautés.

« Rassemblés au cénacle autour de votre mère » : 6-Quelle est la place de la Vierge Marie ?

Le texte de l’audiovisuel ne parle pas explicitement de Marie, sauf une allusion dans cette séquence, mais elle est très présente à travers l’iconographie.

 

Travail : RCF Jacques Bernard 4ème seuil

07 - Les Actes des apôtres (Ac 2, 22-30)

 

 

Parle
  Exégèse-thèses 

 

L’expérience de l’Esprit au premier Seuil :

Au tout début de la foi d’Israël, l’Esprit fait irruption, il « fond » sur des personnes, choisies, les "juges", pour sauver les tribus du danger et particulièrement de l’oppresseur cananéen : Otniel : Jg 3,10 ; Gédéon : Jg 6,34.... À travers son action, s’ouvre un chemin de délivrance : Déborah, sortie d’Égypte. L’Esprit d’Adonaï équipe les hommes de dons particuliers dans le concret d’une situation : il relève, met le cœur au large et fait naître un peuple nouveau. Peuple appelé à marcher selon un esprit nouveau, en rupture avec la magie, les cultes de vie.

Second seuil : au temps des prophètes et de l’Exil 
■ L’Esprit saisit le prophète Élie/Élisée (1 R 19,9-10).Pour le 1er Isaïe, le vrai roi sera revêtu de l’Esprit du Seigneur (Is 11). Josias insiste sur l’onction royale que ses ancêtres ont reçue (1 S 16,13) : le roi est, lui aussi, garant de la foi (1 S 24,7). L’Esprit est au cœur du mémorial et du culte à rendre à YHWH seul.

■ Quand dans la bourrasque des invasions le peuple perd tous ses repères, l’Esprit du Seigneur saisit le prophète et fait de lui son porte-parole (Ez 2,2-3). Il agit à travers lui comme une énergie de dévoilement, de maturation. Tel un vent de tempête, il met à nu la foi d’Israël au risque de l’anéantir. Le peuple est bousculé, désinstallé : il doit reconnaître que c’est l’Esprit du Seigneur qui l’emmène en Exil (Ez 11,24) ; il fera de lui un peuple nouveau, changera son cœur de pierre, lui donnera un esprit nouveau (Ez 36,24-29, Jr 31,31). Ézéchiel exprime la transcendance de Dieu en révélant l’action de l’Esprit du Seigneur.

■ À Babylone, l’Esprit révèle Dieu à travers les événements : YHWH l’unique Dieu, créateur et sauveur de l’univers (Is 43-45) qui console son peuple (Is 40,1). Il est le Goël qui agit au cœur du Serviteur Israël et en fait son témoin (Is 42,1). Cyrus n’est que l’envoyé, le berger, l’oint d’Adonaï (Is 44,28-45,1) ; c’est encore l’Esprit qui donne au petit reste d’être fidèle et serviteur d’Adonaï.

 Les prêtres voient l’Esprit comme couvant le chaos primordial pour y mettre de l’ordre (Gn 1,1-2). [CEC 709,710,711]

■ Au retour d’Exil Devant la déception, se développe une théologie apocalyptique (3° Isaïe) : elle espère en la toute-puissance de l’Esprit (Is 32,15... ; 35), relit l’histoire de ses infidélités à l’accueil ou au refus de l’Esprit (Is 63,7-64,2), attend un prophète oint de l’Esprit du Seigneur (Is 61,1).

■ De leur côté, les prêtres affirment que l’Esprit du Seigneur repose sur la communauté d’Israël à travers les chefs du peuple (Nb 11,14-30).

■ Mais la veine prophétique demeure : Joël promet une effusion de l’Esprit sur tout le peuple (Jl 3,1), ainsi que Zacharie (Za 12,10). Par les prophètes, l’Esprit révèle une éthique [CEC 707].

■ Au 3ème siècle, la pensée grecque a pris ses distances par rapport à la magie, aux esprits... l’homme est composé d’un esprit (intellect // raison) qui le relie à l’ordre et à la logique de l’univers ; l’esprit tombé dans un corps (sôma /tombeau sèma) doit se libérer.

■ Pour le Juif, l’homme est un tout qui n’existe qu’en relation avec Dieu, les autres et le monde, grâce à la Torah. La rencontre avec l’hellénisme provoque le judaïsme à confesser que toute sagesse est créée et vient d’Adonaï et qu’elle est contenue d’une certaine manière dans la Sagesse suprême : la Torah. Dans le livre de la Sagesse (période romaine), il est fait l’éloge de la sagesse en termes d'esprit intelligent, unique, multiple, subtil, mobile, pénétrant... ami des hommes (Sg 7,22-23). Cela vise le logos, âme du monde, qui n’est autre que la Torah préexistante et éternelle ; elle a aussi une dimension universelle.

Troisième Seuil : l’Esprit du Seigneur repose sur Jésus

■ Avec Jean Baptiste, la prophétie individuelle est à l’œuvre et, lors du baptême de Jésus, le ciel s’ouvre : un prophète est envoyé pour inaugurer un Israël nouveau (colombe). C’est l’Esprit qui a recouvert Marie, Vierge et lui a donné de concevoir... (Séq.3-02 Baptême)

■ Jésus est conduit au désert par l’Esprit : il traverse les épreuves du peuple et sort vainqueur de l’Ennemi. (Séq.3-03 Tentations)

■ À Nazareth, Jésus se révèle à travers la prophétie d’Is 61,1 (Lc 4,18). (Séq.3-05 Béatitudes). L’Esprit est à l’œuvre à travers tout le ministère de Jésus, guérissant, ressuscitant les morts, révélant le pardon gratuit du Père et une Torah nouvelle : la joie de l’Esprit Saint éclate en Jésus (Lc 10,21-22). La nouvelle Alliance est célébrée au cours de repas - non pas avec du pain et de l’eau en attente du vin des noces, comme à Qumran - mais avec du pain et du vin, signe que l’Époux est là (Lc 5,34).

■  L’Esprit Saint à travers Jésus remet l'homme en communion avec le Père et donne d’entrer dans la vie éternelle : ceux qui croient et accueillent l’Évangile sont transfigurés, recréés à l’image de Dieu. [Fondements p. 333 ; 461-462]

■ Refusé par les chefs religieux, Jésus promet à ses disciples un autre paraclet : l’Esprit de vérité (Jn 15,26...). Le repas des noces se change en repas d’attente (l’Alliance définitive est différée) et la signification de la coupe devient nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous (Lc 22,18) : les noces s’accomplissent sur la Croix. Pour Jean, dès cet instant, Jésus remet l’Esprit (Jn 19,30).

  Théo/Philo-thèses 

 

«Survint du ciel un vent violent » :  3 - Qu’en est-il au quatrième seuil ?: L’œuvre de l’Esprit Saint de Jésus après Pâques
Après la Pâque de Jésus, une nouvelle expérience de l’Esprit Saint est donnée : les disciples sont envahis de l’Esprit de Jésus de manière sensible et forte au point qu’on les croit ivres (Ac 2,15). Cet Esprit continue l’œuvre de Jésus, à travers eux (Ac 4) : ■ Il les pousse à annoncer le Royaume (prédication, miracles, guérison...) (Ac 13) (Ac 19) ■ Il les précède dans la mission auprès des païens. (Ac 8) (Ac 10,44-48) ■ Il fait un peuple nouveau : le mur de la haine tombe, juifs et païens sont fondés en un seul corps et appelés à vivre d’une vie nouvelle (Ep 2,14-16). ■ Il donne aux croyants une hiérarchie et des charismes (1 Co 12,1-11). ■ Il leur donne d’être fidèles à l’enseignement de Jésus (Jn 14-16). ■ Poussés par l’Esprit, les apôtres reprennent le mémorial de Jésus, gestes/paroles, célébrant les mystères de sa vie : fraction du pain, pardon. ■ Il change la condition humaine : il divinise le disciple du Christ qui devient un autre Christ habité par l’Esprit Saint et qui vit cette vocation nouvelle dans la foi et la miséricorde (Rm 5, 6, 7, 8.)(2 Co 3-4)(Ep 3,14). ■ Il donne de comprendre que la mort de Jésus réconcilie au Père (Rm 3,25 et He 9). ■ Il confirme Jésus prophète, oint (Messie) de Dieu, Fils de Dieu, accomplissant les Écritures et l’attente d’Israël et révèle sa seigneurie, sa divinité (Ap 22,17).

« Et Dieu qui depuis Jésus Christ n’a plus de secret pour les hommes... » Dieu est Père, Fils et Esprit Saint  L’Esprit Saint est-il Dieu ?

Après Pâques, l’Esprit de Jésus est répandu dans le cœur des croyants : ils font l’expérience d’être réconciliés avec le Père et de vivre une vie nouvelle. L’accès au Père est effectivement ouvert (He 10,19-21 ; 1 P 2,4-10)(1 Jn 2,1-2). ■ C’est l’œuvre même de Dieu que les disciples reconnaissent dans l’œuvre de l’Esprit de Jésus (Mt 28,19). ■ Aux yeux des premiers chrétiens, l’Esprit de Jésus est Dieu (Rm 8,15-16). ■ Pour être en contact avec le Christ, il faut avoir été touché par l’Esprit Saint. C’est lui qui vient au-devant de nous et suscite en nous la foi (1 Co 12,3). ■ Esprit, ruah, signifie souffle, air, vent ; traduit en grec par pneuma, il perd son aspect dynamique. Il peut, en français, être réduit à l’intellect. De nombreuses images et symboles bibliques parlent de l’Esprit Saint : l’espace qui permet la relation de communion (premier sens du mot Ruah, (Gn 32,17). L’eau, symbole de la Torah, coule du côté du Christ en Croix et donne naissance à l’Église. Le feu, symbole du Sinaï et de la Parole prophétique (Élie) repose sur les apôtres. La nuée, présence voilée de Dieu prend la Vierge Marie sous son ombre, recouvre la montagne de la Transfiguration, dérobe Jésus aux yeux des disciples lors de son Ascension. La lumière, symbole de la Torah, éblouit Paul au chemin de Damas. L’huile, symbole de la force divine oint prophètes, rois et prêtres. Cette huile qui adoucit, guérit, débloque ce qui est coincé... est appliquée sur les malades (Je 5,13-14). Le sceau indique l’effet indélébile de l’Esprit Saint (Jn 6,27 ; Ep 1,13-14). Le vent est signe de l’action mystérieuse de Dieu : le vent souffle où il veut... (Jn 3,8). La colombe, tout d’abord symbole du peuple qui revient d’Exil (Gn 8 ; Ct 2,14), devient, par extension, symbole de l’Esprit qui habite l’Église, nouvel Israël. Jésus lorsqu’il annonce et promet la venue de l’Esprit Saint, le nomme Paraclet (Jn 14,16: consolateur), l’Esprit de vérité (Jn 16,13). L’Esprit est également appelé avocat (Paraclet) : il prend la défense contre l’Accusateur (Ap 12,10) ; il est conseiller pour maintenir les fidèles en sécurité dans la main du Père.

« L’Esprit s'unit à notre Esprit pour crier : « Abba, Père » : Les bases de la vie chrétienne : Paul constate ce scandale du péché dans les communautés (1 Co). Il en prend acte et aménage le quotidien pour vivre en fidélité à l’Évangile. À la lumière de l’enseignement des prophètes (2 P 1,19), certaines règles sont fixées pour ne pas retomber dans l’idolâtrie (1 Co 5 ; 6 ; 8 ; 11,29 ; 16). Jeaninvite à se garder du monde, à rompre avec le péché et à observer les commandements, surtout celui de la charité :(1 Jn 2,9 ; 3,18). Extraordinaires ou simples et humbles, les charismes sont des grâces de l’Esprit Saint qui ont directement ou indirectement une utilité ecclésiale, ordonnés à l’édification de l’Église, aux biens des hommes et aux besoins du monde (1Co 12 ; 13). C’est dans ce sens qu’apparaît nécessaire leur discernement (CEC 799 ; 800). L’Esprit Saint divinise : Saint Irénée voit une double action de l’Esprit : Le Seigneur a promis de nous envoyer le Paraclet qui nous adapte à Dieu. (Saint Irénée, Contre les hérésies, III,§17) La descente de l’Esprit ajuste le croyant à Dieu : il le fait « fils » dans le Fils (Rm 8), vivant une écoute aimante de la volonté du Père (Ep 4,30). C’est pourquoi l’acquisition de l’Esprit est le cœur et le but de toute vie chrétienne. C’est dans l’Église que l’on a la connaissance de l’Esprit Saint : ■ dans les Écritures inspirées par l’Esprit Saint, ■ la Traditionde l’Église dont les Pères de l’Église sont les témoins toujours actuels,dans le Magistère de l’Église assisté par le Saint Esprit, ■ le « sensus fidei » : la foi vécue du peuple chrétien, ■ la liturgie et les sacrements, ■ la prièrepersonnelle et communautaire, l’Esprit Saint intercède pour nous, ■ les charismes et les ministères par lesquels l’Église est édifiée et se construit, ■ les signes de vie apostolique et missionnaire, ■ le témoignage des saints où il continue son œuvre de salut.

« Rassemblés au cénacle autour de votre mère » : L’Église, la Vierge Marie et l’Esprit Saint Derrière ce choix, s’exprime à la fois la discrétion et la présence maternelle de Marie dans la foi ecclésiale. Marie est la figure de l’Église (LG 66), elle est à la fois comme l’Épouse, celle qui s’est laissée «épouser » par le Saint Esprit (Lc 1,26-38) et la Mère : celle qui nous donne le Fils de Dieu incarné. Elle devient notre mère, celle en qui nous recevons l’Esprit Saint qui nous fait dire « oui » à la volonté de Dieu, nous fait garder sa Parole, nous fait suivre Jésus jusqu’à la Croix, celle qui nous apprend à veiller, à intercéder, à rendre grâce... elle est la première divinisée, nous entraînant : nous pouvons dans notre faiblesse devenir fils et filles du Père.

Contemple
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sq-4-05-dia, © Mess'AJE

 

Rassemblés au cénacle autour de votre Mère, on attendait dans la prière. Des souvenirs, on en était remplis. Ses paroles avaient fait éclater toutes nos dimensions. Et on gardait aussi les habitudes, comme du temps où il était là. La prière et les hymnes, et le partage du pain. Mais qu'est-ce que des souvenirs quand ils ne font que souligner l'absence, et des paroles, quand elles ne sont plus dites, et des repas qu'on prend par habitude ? Et nous étions désemparés, on n'osait pas croire, encore. Et pourtant, si nous étions devenus son visage, et s'il nous revenait de dire ses paroles, et s'il était, comme avant, présent à nos repas ? N'avait-il pas tout donné, tout partager ? Pouvait-il nous donner davantage que sa vie et son sang ? Était-ce seulement pour un rêve éphémère qu'il nous avait aimés à si grands frais ? Lui, qui venait de Dieu et retournait à Dieu.

Il était absolu en tout ce qu'il faisait. Ses paroles dans l'Esprit, ses parole en prière, disaient Dieu aux croyants. C'étaient paroles d'homme, mais elles venaient d'ailleurs et nous brûlaient le coeur pour peu qu'on écoutât.

On n'osait pas croire encore. Pourtant, si nous avions reçu l'Esprit pour dire ses paroles, son Esprit ? Ne nous avait-il pas tout donné de sa vie ? Nous serions son visage et il vivrait en nous. L'Esprit dirait en nous ses paroles de vie. Il serait avec nous jusqu'à la fin des temps. De retour dans la gloire pouvait-il vivre seul ? Lui qui avait attendu si longtemps pour nous rendre visite, Lui qui avait tant donné, et même tout donné, obéissant à son amour jusqu'à la mort de la croix !

On attendait, désemparés, sans oser croire encore. Quand tout à coup survint du ciel un vent violentEt Dieu qui depuis Jésus-Christ n'a plus de secret pour les hommes, leur a rendu visible la vie qui est la sienne, la vie qui est la nôtre, maintenant qu'ils étaient son visage, maintenant que nous sommes son visage pour le salut du monde.

Recevoir l'Esprit, être image de Dieu comme le Christ l'était, être habité par Dieu comme le Christ l'était, dire les mots de Dieu tout comme Il les disait, supposait que l'on fût tout le jour en prière, non pas de cette prière trop gourmande de mots, mais parole que l'on dit à quelqu'un que l'on aime, parce qu'il la murmure avant qu'on la prononce.

L'Esprit s'unit à notre esprit, pour crier : "Abba, Père". Prière de connivence que l'on dit malgré soi, avec les mots de l'autre. Prière du coeur, dans la paix d'une même respiration, dans la joie d'une même méditation, prière avec les mots de Dieu.

Écouter Dieu qui parle en nous... J'ai envie de me taire et de ne plus rien dire. Pourquoi aller plus loin ?