session-12-séquence-3-07 Alternative

version PDF

 

« Le temps du paradoxe et de l'alternative ... »

sq-3-07 Alternative
sq-3-07 Alternative, © Mess'AJE

La question de l'ajustement est au coeur de cette séquence : "L'homme peut-il être ajusté à Dieu ?"
Le judaïsme officiel répond : oui, par la Torah et le Temple ...
Pour le judaïsme apocalyptique : non, il faut que Dieu vienne lui-même faire cet ajustement.
Or Jésus se présente comme l'ajustement recherché.
Le Royaume annoncé, humble et caché, se heurte à la visibilité de la Torah.

Médite, creuse, interroge
Exégèse

 

«L’épouse disposait du trésor de l’époux jusqu’à ce qu’il revienne ...»

  1. Pourquoi ces différences entre les paraboles de Jésus et celles du judaïsme officiel ?

Le judaïsme de l’époque de Jésus pratique traditionnellement les paraboles aggadiques ou halakhiques. Jésus aussi, mais avec une prédilection marquée pour les paraboles aggadiques. Pourquoi ? Par ailleurs, les paraboles juives partent toujours de l’Écriture, ce que ne fait pas Jésus.

  1. Quelles sont les objections que fait à Jésus le courant officiel normatif du judaïsme ?

La séquence audiovisuelle évoque quatre grandes objections repérables dans le texte : 1- « Si Dieu montrait son jour, sa Gloire éclaterait aux yeux de tous les peuples. » 2- « Il simplifie tout. » 3- « Regardez notre Loi, ce qu’elle est devenue ! » 4- « Pourquoi rêver ? »
Comment les comprendre ?

  1. Comment le courant apocalyptique réagit-il ?

Ce courant a un impact important dans le peuple, bien au-delà de Qumran et des Esséniens. Il a une grande vitalité religieuse et attend une ouverture du ciel mais selon des perspectives et des modes différents de ceux du courant officiel.

  1. À quels textes la séquence audiovisuelle fait-elle allusion et pourquoi ?

« s’étoufferait dans les épines... À moins qu’elle ne mûrisse, fragile ... »

  • Mt 13,1-9 : la parabole du Semeur (Cf. Mc 4,3-9)
  • Mt 13, 10-17 : pourquoi Jésus parle-t-il en paraboles ?
  • Mt 13, 18-23 : développement halakhique

« La vieille outre craquait au poids du vin nouveau. »

  • Lc 5, 33-38 : le vin nouveau
  • Lc 14, 15-24 : les invités qui se dérobent
  • Mt 11, 16-18 : les gamins sur les places
  • Lc 11, 29-32 : le signe de Jonas
  • Lc 4, 16-24 : Jésus à Nazareth

   Travail :

Audio: le sermon sur la montagne.

27 Le sermon sur la montagne 1,
28 Le sermon sur la montagne 2,
29 Le sermon sur la montagne 3,

 

 

 

Théo/Philo

 

« Le rêve d’Isaïe serait-il devenu certitude et l’unique chemin ?»

  1. La violence des réactions contre Jésus manifeste l'importance de la question de l'ajustement à Dieu.

Le Royaume caché, humble, se heurte à la visibilité organisée et institutionnelle de la Torah et du Temple, à la cohésion du peuple, finalement aux plans et aux projets "pour Dieu", aux désirs mêmes de faire la volonté de Dieu. En authentifiant le courant qui attendait le dévoilement d’une Alliance nouvelleCe courant est conscient qu’une faute de l’homme - due à la jalousie d’un esprit supérieur - lui a fait perdre sa transfiguration originelle., Jésus remet également en cause la pluralité des théologies juives.

  1. Mais alors désormais, l'ajustement à Dieu se ferait en Jésus, par la foi !

Jésus, conscient d’apporter l’Alliance nouvelle qui remet en communion avec le Père, interprète les Écritures sans consultation de la Tradition des sages ! Si on se prend à croire ce qu’il annonce, où risque-t-on d’aller ?

« ...Dieu prenne maintenant le visage des hommes pour se montrer à eux. »

  1. Comment ce rabbi itinérant peut-il avoir de telles prétentions vis-à-vis de la Torah et du Temple ! Dieu peut-Il se faire homme ?

Comment un homme peut-il être Dieu ? Cela est inimaginable pour une mentalité grecque à moins que ce ne soit une régression vers la mythologie ! Cela donnera lieu trois siècles plus tard au modalisme : Jésus ne serait qu’une manière (parmi d’autres) pour Dieu de nous parler (Cf. RT/373 à 376 : le modalisme).

   Travail :

Lecture : document "Benoît XVI, Jésus de Nazareth, pp 126-127, Flammarion"

« Est-ce cela que Jésus le sage avait à dire ? », demande le maître. Moi : « Pas exactement, mais à peu près. » Lui : « Qu'a-t-il omis ? » Moi : « Rien. » Lui : « Qu'a-t-il ajouté alors ? » Moi : « Lui-même ». Tel est le point central de l'effroi causé par le message de Jésus aux yeux du juif croyant qu'est Neusner, et c'est aussi la raison centrale pour laquelle il refuse de suivre Jésus et reste fidèle à « l'éternel Israël » : le caractère central du je de Jésus dans son message, qui donne une nouvelle direction à toute chose. À titre de preuve de cet « ajout », Neusner cite à cet endroit ce que Jésus dit au jeune homme riche : si tu veux être parfait, viens, vends ce que tu possèdes et suis-moi (cf. Mt 19, 20). La perfection, le fait d'être saint comme Dieu est saint, tel que cela est requis par la Torah (cf. Lv 19, 2 ; 11, 44), consiste désormais à suivre Jésus.

 

Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Flammarion, p. 126-127 

Parle
Exégèse

 

«L’épouse disposait du trésor de l’époux jusqu’à ce qu’il revienne ...»

Pourquoi ces différences entre les paraboles de Jésus et celles du judaïsme officiel ?

Les paraboles de Jésus sur le Royaume se distinguent de celle du judaïsme d’alors : Elles ouvrent, la plupart du temps, sur le mystère de Dieu (paraboles aggadiques). Celles des autres rabbins sont le plus souvent halakhiques. Contrairement aux paraboles juives qui partent toujours de l’Écriture pour en dire le mystère, elles ne s’y réfèrent même pas. Elles parlent directement du Royaume.

Quelles sont les objections que fait à Jésus le courant officiel normatif du judaïsme ?

1- « Si Dieu montrait son jour, sa Gloire éclaterait aux yeux de tous les peuples. » Les tenants du courant officiel se heurtent au manque de visibilité du Royaume, ils n’ont aucune possibilité de contrôle de ce que Jésus annonce. Il faut seulement croire ! Ce peut être aussi la réaction de quelques tenants du courant apocalyptique.
2- « Il simplifie tout. » Cela remet en cause la pluralité des discours théologiques.
3- « Regardez notre Loi, ce qu’elle est devenue ! »  En ne faisant aucune référence à la Torah,ni aux commentateurs, Jésus endosse l’autorité de la Torah. D’où tient-il sa science ? son autorité ?
4- « Pourquoi rêver ? »  L’attente de temps nouveaux est présente dans les théologies juives, mais pour le courant officiel, Dieu a tout donné à Israël et rien de vraiment neuf ne peut advenir avant la fin des temps.

Comment le courant apocalyptique réagit-il ?

Sensibles aux prophètes, les tenants du courant apocalyptique pressentent dans les paraboles l’annonce de l’avènement du Royaume. Dans certains textes , on peut noter le rêve de certains pharisiens mystiques : Dieu rétablira sa miséricorde, il se fera mendiant, et même prendra le visage des hommes pour leur donner sa vie.
 

À quels textes la séquence audiovisuelle fait-elle allusion et pourquoi ?

« s’étoufferait dans les épines... À moins qu’elle ne mûrisse, fragile ... »

  • Mt 13,1-9 : le Semeur sème partout (prodigalité de Dieu)... Parabole aggadique, centrée sur le mystère de Dieu dans la même ligne que le grain de sénevé, le levain dans la pâte... (démesure) ; (Cf. Mc 4,3-9)
  • Mt 13, 10-17 : réactions: Pourquoi Jésus parle-t-il en paraboles? Le genre parabole invite l’auditeur à la méditation... pour tirer lui-même des conclusions. Par là, Jésus provoque à prendre position sur son annonce et sur sa personne. Le véritable sens des paraboles n’est perceptible qu’à ceux qui croient. Celui qui ne croit pas, même ce qu’il a (la Torah) lui sera enlevé. C’est en ce sens qu’est cité Is 6,9-10 : « Heureux vos yeux parce qu’ils voient... » (Cf. Mc 4,3-9)
  • Mt 13, 18-23 : Développement halakhique : exhortation à accueillir en profondeur, à comprendre, à ne pas se laisser envahir par les soucis...(Fondements p. 336-338)

« La vieille outre craquait au poids du vin nouveau. »

  • Lc 5, 33-38 : le vin nouveau qu’offre Jésus n’est pas du goût de certains de ceux qui ont bu le vin vieux de la Torah (Cf. Enjeux théologiques sur le festin des noces de la séquence "paraboles". Lc 14,15-24 : les invités aux noces se dérobent).
  • Mt 11, 16-18 : comme des enfants gâtés qui repoussent tous les jeux qu’on leur offre, certains Juifs rejettent toutes les avances de Dieu, aussi bien l’appel à la pénitence de Jean, que l’offre de la miséricorde de Jésus
  • Lc 11, 29-32 : le signe de Jonas: Jésus refuse de donner des signes à ceux qui veulent avoir des preuves de son autorité. Le prophète réputé (mourzak) n’a pas besoin de se justifier par des signes, comme Abraham ou Élie allant sur les hauts lieux pour sacrifier n’ont pas besoin de se justifier.
  • Lc 4, 16-24 : Jésus n’est pas accueilli à Nazareth se situant ainsi dans la ligne des prophètes non accueillis par le peuple. En référant à Élie et Élisée et leurs miracles envers des païens, il endosse une autorité de prophète de fin des temps.[Gam3/81]

Le thème du rejet de Dieu est récurrent dans la Tradition juive : Dieu est Rocher (image très ancienne pour désigner YHWH)... Rocher sur lequel Israël peut s’appuyer, mais qui peut aussi le faire trébucher : Heureux qui ne trébuchera pas à cause de moi ! (Lc 7,23). Dieu Lui-même est rejeté : on le trouve déjà en 1 R 8,7-8 : C’est moi qu’ils ont rejeté, ne voulant plus que je règne sur eux... Le troisième Isaïe (apocalyptique) n’hésite pas à affirmer : Nous sommes depuis longtemps des gens sur qui tu ne règnes plus (Is 63,19).  La pierre angulaire rejetée par les bâtisseurs renvoie à l’aveuglement et l’endurcissement d’Israël incapable de reconnaître son Dieu et de lui faire confiance (Is 8,14 ; 28,16 ; Za 3,9 ; 4,7 ; Ps 118 (117),22). L’expression est appliquée à Jésus dans le NT : Ac 4,11 ; Mt 21,42 ; 1 P 2,4-8 ; Rm 9,33. La parole de Dieu est rejetée lorsque les prophètes sont rejetés ; le Ps 95(94) : Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole en est l’écho. Pour le courant apocalyptique, cette parole est même scellée dans les cieux à cause précisément du rejet des hommes ; pour le courant officiel, ce rejet n’empêche pas Dieu d’être présent quand-même dans sa Torah et dans son Temple.

Jésus est le nouvel Israël, le vin nouveau et l’outre neuve ! N’est-il pas le rocher qui apporte une Sagesse/Parole nouvelle divine qui abreuve et sur lequel on trébuche (1 Co 10,4) ? Ne serait-il pas le Temple non fait de mains d’homme et la Parole de Dieu incomprise et dont le Mauvais s’empare, ou bien qui se dessèche parce que tombée dans un cœur léger, ou étouffée par trop d’encombrement (Parabole du semeur)... ? Mais elle peut, dans la bonne terre, prendre chair et donner un fruit qui n’est pas à mesure humaine. [Gam3/84]

Théo/Philo

 

« Le rêve d’Isaïe serait-il devenu certitude et l’unique chemin ?»

La violence des réactions contre Jésus manifestent l'importance de la question de l'ajustement à Dieu; désormais, l'ajustement à Dieu se ferait en Jésus, par la foi !

La foi prend racine dans la pauvreté (1er Seuil), c’est-à-dire dans l’ouverture - non en ses propres capacités, mais en Dieu qui seul peut sauver. Paradoxe du croyant qui dans sa fragilité reste solide quand tout s’écroule autour de lui (2° Seuil). La foi transforme et engage toute la vie, elle renouvelle la mémoire et responsabilise. La foi d’Israël à l’époque de Jésus est divisée : foi en la Torah que Dieu a donnée à Moïse ? La foi consiste alors à pratiquer la Torah. Ou bien foi en une révélation nouvelle de Dieu ? La foi consiste alors à attendre, à hâter le jour du Seigneur, à guetter ses signes pour ne pas passer à côté du salut (fin du 2° Seuil).

Désormais, avec Jésus, c’est par la foi en sa prédication et en lui que se fait l’ajustement à Dieu et non par la pratique de la Torah et du Temple. En Jésus, Dieu se donne pour ajuster Israël à Lui, en offrant le pardon du Père. Israël doit seulement accepter d’être pardonné, remis en relation avec le Père, ce qui suppose qu’il se reconnaisse pécheur, séparé de Dieu. C’est si simple ! Je te bénis, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux habiles et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui ! Père, car tel a été ton bon vouloir. Tout m’a été remis par le Père, et nul ne connaît... (Lc 10,13-15).

Tandis que certains accueillent le Royaume en train de s’approcher, d’autres lui tournent le dos et, par là, s’en excluent. Or, se détourner du Royaume, c’est s’enfoncer dans les ténèbres. Devant le drame de ce refus, certaines paroles de Jésus résonnent comme un appel, une main tendue : "C'est pour un discernement que je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles. " Des Pharisiens, qui se trouvaient avec lui, entendirent ces paroles et lui dirent : "Est-ce que nous aussi, nous sommes aveugles ?" Jésus leur dit : "Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais vous dites : Nous voyons ! Votre péché demeure" (Jn 9,39-41)

La réalité de la foi dans le Nouveau Testament vise moins la confiance que les disciples font à Jésus et celle que Jésus leur fait, que l’ouverture au don inouï de Dieu ici et maintenant.

Jésus provoque ceux qui l’écoutent à cette ouverture de la foi. Cet accueil fait descendre le ciel sur la terre : Qu’il t’advienne selon ta foi ! Va, ta foi t’a sauvé ! En Mc 9,24 : Si tu peux quelque chose, viens à notre aide ! Et Jésus reprend : Tout est possible à celui qui croit. Aussitôt, le père de l’enfant de s’écrier : Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! »

Cette foi est aussi un cri vers le Père : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! : Viens refaire l’humanité ! Viens recréer Adam !

Cette adhésion par la foi n’est ni automatique, ni évidente : le cœur de l’homme peut se fermer, se crisper et les évangélistes relatent les refus du Royaume. Les chemins de la foi s’avèrent difficiles, semés d’embûches, car l’annonce du Royaume met devant un choix qui nous dépasse, et nous fait passer par un combat, une crise (Jn 9,35-41).

Est-ce à dire que ceux qui ont refusé le Royaume en sont à jamais bannis ? Devant ce refus, Jésus continue d’annoncer le Royaume.

« ...Dieu prenne maintenant le visage des hommes pour se montrer à eux. »

Comment ce rabbi itinérant peut-il avoir de telles prétentions vis-à-vis de la Torah et du Temple ! Dieu peut-Il se faire homme ?

La théologie isaïenne a l’intuition que si le seul Dieu du ciel et de la terre est aussi le Dieu d’Amour, il peut, dans sa toute puissance, recréer Israël. Il est à la fois toute puissance créatrice et tout Amour dans les abaissements et prévenances de sa tendresse. Ainsi, Dieu Unique, Créateur et Seigneur de tout ce qui existe est également celui qui parle au cœur d’Israël, le guide tel un berger et porte sur son cœur les agneaux fragiles (Is 40) ; l’Exode, lieu de la tendresse de Dieu pour son peuple y devient création à l’image de celle de Marduk (Is 51,9). Une théologie de la transfiguration transparaît à travers les textes (Is 40,28s ; 41,17s ; 42,5s ; 43,1s ; 43,18s ; 44,24s ; 45,7s etc.).

Dans le judaïsme, à partir de la période grecque, la Parole de Dieu/Torah est assimilée à la Sagesse ; elle est préexistante et créatrice du monde (Pr 8, 22-31 ; Si 24,23 ; Ba 4,1), en même temps qu’elle est « hypostasiée » - telle une personne, elle exhorte et invite à son festin... Cette Parole/Sagesse descend du ciel pour s’installer en Jacob (Si 24). La Torah est donc un mystère de transfiguration dans l’Amour qui échappe à l’homme. [Gam3/83]

Contemple

 

 

sq-3-07-dia Alternative
sq-3-07-dia Alternative, © Françoise Burtz

Mais était-ce cela la promesse de Dieu ? Enfin, soyons sérieux ! Si Dieu montrait son jour, sa Gloire éclaterait aux yeux de tous les peuples ! Or, à bien l’écouter, on n’entendait jamais que mystère caché, où tout était donné sans qu’on pût mesurer tout le secret du don, où tout était pardon quand il ne rencontrait que l’incrédulité !  Le rêve d’Isaïe dans la nuit de l’Exil serait-il devenu certitude et l’unique chemin, certitude et présence, présence et regard, regard et amour, confiance abandonnée au regard qui recrée...? Allons, soyons sérieux ! On a tellement espéré, cherché, parié, prié... Et il simplifie tout...! Regardez notre Loi, ce qu’elle est devenue ! Que fait-il du shabbat ? Que fait-il des gestes de pureté ? Que fait-il de la Loi Et l’on dit même qu’il mange avec les plus pécheurs ! Les pharisiens mystiques avaient parfois rêvé de cette folie de Dieu qui nous rétablirait dans la miséricorde et se ferait mendiant pour se donner à qui accepterait de se laisser aimer... À qui accepterait, qu’après avoir parlé le langage des hommes, Dieu prenne maintenant le visage des hommes pour se montrer à eux, prenne la vie des hommes pour nous donner la sienne... Mais non, pourquoi rêver ? Dieu n’était-il pas déjà allé trop loin quand il avait penché les deux au Sinaï pour parler à Moïse ? Il avait tout remis à Israël, l’épouse disposait du trésor de l’époux jusqu’à ce qu’il revienne... Et Jésus se savait contesté. La vieille outre craquait au poids du vin nouveau. Tout ce qu’il dirait désormais serait graine perdue, car, à côté du champ, trouverait un terrain rocailleux, sans pousse ni racine, s’étoufferait dans les épines... À moins qu’elle ne mûrisse, fragile, pour devenir en bonne terre un champ de blé, gerbe engrangée où chaque épine porte du fruit par trente, soixante ou cent. Le temps du paradoxe et de  l’alternative trouvait toujours ses volets tirés et ses maisons fermées. Cela allait trop loin. Il prêchait en paraboles et l’on n’habitait plus les mots qu’il nous disait.