session-11-séquence-3-01 Introduction

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"Et puis tu es venu, toi, Jésus."

sq-3-01-Introduction
sq-3-01-Introduction, © Mess'AJE

 

Médite, creuse, interroge

 

Exégèse

 

« Étrange époque que celle qui te précède.. »

1er problème : Bref aperçu de l'imbroglio : par exemple dans la famille de Jésus

La famille de Jésus (Marie et sa cousine Élisabeth) est touchée par le courant apocalyptique. Élisabeth est de la famille sacerdotale d'Aaron et son mari, Zacharie, fait partie des prêtres assurant le service dans le Temple (Lc 1,5). Zacharie y a une vision. Celle-ci vraisemblablement entraîne ses proches à rejoindre les communautés adeptes de l'apo­calyptique. Marie, la cousine, y a consacré toute sa jeunesse (Lc 1,27 et un apocryphe du IIe siècle, le Protévangile de Jacques). Ils ont pu être affiliés au courant légitimiste « nazôréen », c'est-à-dire qu'ils attendent un successeur de David. L'écriteau de la croix, qui était une pièce officielle, mentionne: « Jésus le nazôréen roi des juifs » (Jn 19,19). Les prêtres n'auraient pas porté cette accusation devant Pilate sans fondement. Cela prouve que cet argument a été avancé pour sa condamnation. Les kérygmespremières annonces catéchétiques de l'Église le disent également (Ac 2,22). Comme tels, les parents de Jésus vivent en commu­nautés avec des frères et des sœurs, mais ne sont pas cloî­trés comme à Qumran. À la différence de ces derniers, ils ne se définissent pas comme « fils de lumière » haïssant les « fils des ténèbres ». Ils n'ont pas non plus l'intention de remplacer le second Temple restauré par Hérode par un troi­sième Temple, dont les sectaires de Qumran rêvaient qu'il durerait mille ans, en attendant un quatrième Temple qui ne serait plus « fait de mains d'hommes ». Le fils de Zacharie, Jean-Baptiste, ne succédera pas à son père. Il renoncera aussi aux espérances nazôréennes en un nouveau David. Il part au désert y attendre la fin du monde (Mt 3,1-12) et prêche la conversion en vue de cette fin imminente.(Src:FB/303-304)

Suggestions pour travailler ce paragraphe :

"ceux qui m’ont raconté ta vie, tout de suite m’ont dit la fin"

2ème pbl : Quel crédit historique accorder à des récits à ce point remaniés, revisités, manifestement mis au service d'une cause spécifique ? De quoi faut-il le plus tenir compte : du remaniement opéré par les témoins oculaires juifs qui se sont démarqués de leurs contemporains ou de celui des évangélistes écrivant bien après les événements pour une catéchèse déjà très élaborée ? Pour se faire une idée de cette question lisons Jacques Bernard dans Fondements bibliques p 305 :" Les Évangiles ayant été écrits pour des églises, si l'on arrivait à faire la part des 'mémoires' et celle des 'églises', la première catéchèse orale sur Jésus se laisserait deviner. Par contre, pour retrouver le Jésus de l'histoire, la démarche est aussi artificielle que de séparer le tronc des branches dans un arbre dont on veut atteindre la sève !". Voyez ci-dessous, la méthode  que Mess'AJE adopte pour le troisième seuil face à cette question.

 

Théo/Philo

 

"Et puis Il est venu."

Est-il possible que Dieu soit venu visiter les hommes en Jésus ? Qu’Il se soit fait si proche ? Jésus est-il le Sauveur ? Qui sauve-t-il et de quoi sauve-t-il ? Est-il vraiment homme et vraiment Dieu ? Quel est ce Royaume, cette Bonne Nouvelle, ce salut dont parlent les évangiles ? Et pourquoi Jésus a-t-il été accueilli par certains et refusé par d’autres ? Comment parler de Jésus vrai Dieu et vrai homme ? Ne pas le réduire à ce que nous connaissons de l’homme et à l’image que nous nous faisons de Dieu.

Certains ont tenté de reconstituer le Jésus de l’histoire (Renan). Derrière cette tentative, il y a souvent le présupposé : n’est vrai que ce qui est prouvable et tout ce qui est de l’ordre de la foi brouille la vérité. Ces enquêtes ont échoué : chaque auteur arrive à un Jésus différent, correspondant à ses propres présupposés. Alors, un mouvement réagira en disant : « Le Jésus de l’histoire est inaccessible ; seule la foi compte ! C’est elle qui fait sens pour l’homme d’aujourd’hui. » Ce courant s’attache presqu’exclusivement au kérygme et lit les récits d’évangiles comme reflets du mystère pascal.

Mais comment parler de "Nouveau Testament" avec Jésus qui "accomplit les Écritures" sans fausser les perspectives par rapport à nos frères aînés en judaïsme, ce peuple de croyants que nous suivons depuis le premier seuil de la foi ? Et pourquoi faut-il nécessairement passer par les "Écritures" ?

« Je te connais paré de tous tes titres. »

Mais Jésus avait-il conscience de sa divinité ? savait-il qui il était ? savait-il à l’avance ce qui se passerait ? Répondre à cette question, n’est-ce pas prétendre se mettre dans la conscience de Jésus ? Peut-être faut-il retourner les choses ? N’est-ce pas Jésus vrai homme et vrai Dieu qui seul révèle l’homme à lui-même en même temps qu’il révèle le Père ?

«Ton Père au secret de nos vies»

Comment contempler un mystère ? Nul ne peut prétendre 'dé-finir' une personne, à plus forte raison s'il s'agit de Jésus et de sa relation au Père.

Suggestions de travail théo/philo :

  • ♦Quelles questions ajouteriez-vous pour actualiser et personnaliser celles qui se trouvent ci-dessus ?
  • Réfléchissez à ce que représente l'audace de Martin Hengel pour écrire cela en 1977 ! (document ci-dessous sur fond gris)
  • ♦Quelles réactions vous inspirent les réflexions de Jean-Marie Beaurent en réponse à la question : "Pourquoi faut-il nécessairement passer par les Écritures ?"
Parle

 

Exégèse

 

« Étrange époque que celle qui te précède.. » Comment les Évangélistes traitent le problème :

Les Évangiles de Mt et Lc, qui racontent l'enfance de Jésus, glanent dans les événements de ce passé un ensemble de faits bien ancrés dans les mémoires. Virginité de Marie, Joseph protecteur, naissance à Bethléem etc. Ils habillent ces faits en référence à l'Écriture. Celle-ci prend alors tout son sens. Cette démarche qui part de l'histoire pour en trouver les pierres d'attente dans l'Écriture est appelée « pesher »(srcJean-Christian Petitfils reprend les thèses d'Étienne NODET, Histoire de Jésus, Cerf, 2004, p. 102-103. Cette forme de commentaire se distingue du midrash habituel du judaïsme qui ne cherche pas d’appui historique ni d’accomplissement, mais simplement à approfondir le sens de la Torah.). Elle s'oppose à celle du « midrash » qui part de l'Écriture pour en explorer tous les sens possibles. Matthieu vise à montrer, en relatant certains événements du passé, que Jésus est un nouveau Moïse : massacre des enfants, fuite en Égypte: Mt 2,15-17. Luc vise au contraire à montrer les liens de Jésus avec le sacerdoce : Zacharie : Lc 1,5-25 et la lignée davidique : Joseph : Lc 1,26-38. (Src:FB/304)

"ceux qui m’ont raconté ta vie, tout de suite m’ont dit la fin" La démarche vaut  la peine d'être tentée :

Il suffirait, pour chaque section des Évangiles, de mettre provisoirement entre parenthèses ce qui serait attribuable aux traditions d'Églises. Puis on s'efforcerait, dans les « mémoires résiduelles », de faire le tri de ce qui est simplement conforme au terreau juif et de ce qui s'en éloigne en raison des choix faits par Jésus. Cette « double dissimilarité », avec les Églises d'une part et avec le judaïsme de l'autre, permettrait de retrouver la ligne de crête entre le versant sur lequel Jésus est aux prises avec ses contemporains et celui qui a hérité de lui. Cette ligne de crête devrait esquisser un profil. Mais entendons-nous bien, ce ne serait qu'un profil. Car Jésus n'a pas été que rupture. Il est bien juif, même s'il a fait des choix dans le judaïsme, et il est bien fondateur du christianisme même si son héri­tage est prolongé par ce qu'il a lui-même engendré. Nous pouvons schématiser cette méthode (mise systématique­ment en œuvre par J.-P. Meier dans A marginal Jew, Un cer­tain juif, Jésus, éditions du Cerf, 2009) de la manière suivante:

Méthode de la double dissimilarité
Méthode de la double dissimilarité, © Mess'AJE
Méthode de la double dissimilarité, © Mess'AJE

La séquence 3.02 fournira un exemple de mise en oeuvre de cette méthode pour le récit du baptême de Jésus.

Suggestions de travail :

 

 

Théo/Philo

 

"Et puis Il est venu."

Premiers éléments de réflexion :

Autour du kérygme, il y a place pour l’histoire. Le mystère pascal s’inscrit dans une histoire singulière, en particulier d’une histoire de foi. Aucun discours théologique ne peut faire l’impasse sur la dimension historique de l’événement Jésus. Jésus est indissociablement un événement historique et un événement de foi. Il faut tenir ensemble les deux. Si l’exégèse part d’une enquête pour retrouver les traces d’un enracinement historique des témoignages sur Jésus, la théologie, elle, s’appuie sur les résultats de l’enquête pour contempler ce que Dieu révèle de lui-même en ce Jésus d’il y a 2000 ans. Les Évangiles, le NT laissent transparaître que quelque chose de neuf, de déroutant, d’inouï est advenu en Jésus dès avant Pâques. Ce troisième Seuil permet de comprendre entre autre, pourquoi certains juifs ont rejeté Jésus jusqu’à le condamner, alors que d’autres, dans le même temps, ont tout quitté pour le suivre. L’Ancien Testament - les saintes Écritures - mais aussi la réalité de la foi juive de l’époque sont nécessaires pour percevoir qui est Jésus. (Gam3/18)

 PRÉFACE

Le point de départ de la présente étude est ma leçon inaugurale faite à Tübingen le 16 mai 1973. Malgré des développements considérables, j’ai tenu à en garder le plan et la marche générale. Mon dessein est d’apporter une contribution au débat critique sur la christologie néotestamentaire, qui est aujourd’hui un domaine particulièrement agité. Je veux essayer de montrer que la recherche d’histoire et d’histoire de la religion et que la pro­blématique théologique — on pourrait dire aussi dogmatique — ne sont nullement en contradiction irréductible. Bien au contraire, l’historien méconnaît l’essence de la christologie du Nouveau Testament s’il n’en comprend pas l’intention théologique et la logique interne, et inversement une étude dogma­tique qui ne tient pas vraiment compte du dévelop­pement historique de la christologie pendant les premières décennies du christianisme court le risque de tomber dans la spéculation abstraite. À une époque où le positivisme historique et l’intérêt her­méneutique suivent des chemins presque complè­tement différents dans l’étude du Nouveau Testa­ment, il paraît bon et conforme à la vérité de rappro­cher de nouveau la recherche historique et l’appro­fondissement théologique.

Martin Hengel, Tübingen

Jésus, Fils de Dieu Cerf,Lectio Divina, 1977

 Pourquoi faut-il nécessairement passer par les Écri­tures ?

  • Parce que l'Écriture est la langue dans laquelle tout événement de Salut doit se dire pour pouvoir être compris.
  • Mais n'est-ce pas là une pétition de principe?
  • Non ! Essayons d'approfondir...

Si la foi n'est pas un acte de confiance purement subjectif, elle se reçoit et se transmet dans une tradition de foi. La langue secrétée par cette tradition est le « média » de la Révélation. On va chercher les vieux textes pour comprendre les événements nouveaux: c'est typiquement biblique. Ne faut-il pas être de la famille pour comprendre ce qui arrive aux relations dans cette famille ? Être initié à un certain équi­libre familial et relationnel pour comprendre ce qui arrive de nouveau ? Il faut avoir été « vacciné » très tôt contre toutes les idolâtries pour percevoir spontanément que telle ou telle attitude ne convient pas, qu'elle est projection sur Dieu de nos propres désirs...

L'Écriture est le milieu dans lequel on peut naître par grâce, être introduit de façon correcte dans le mystère de Dieu et comprendre ce qui arrive. Jésus est né dans ce milieu ; les Écritures sont sa première matrice. La qualité de sa mater­nité, Marie l'a reçue des Écritures, de son héritage spirituel; car la maternité virginale est d'abord un enjeu spirituel. Israël ne se reçoit et n'engendre à la foi que par le Sinaï: c'est Dieu qui le fait exister et lui donne d'engendrer des fils; les mères autrefois stériles sont considérées comme autant de paraboles de cette vérité : Dieu seul féconde par sa Parole.

L'Écriture fournit à Jésus sa structure mentale : les psaumes, les dix-huit Bénédictions, l'office à la synagogue, la contemplation du Sinaï, les oracles des prophètes... bref ! la condition d'incarnation de Jésus, ce sont les Écritures.

Jean-Marie Beaurent, RTP/331

Cf. Texte complet

Contemple

 

Seuil 3 Séq 01 Portique, introduction
Seuil 3 Séq 01 Portique, introduction, © Mess'AJE

 

Et puis, il est venu. Et puis, tu es venu, Toi, Jésus. J’ose t’appeler par ton nom d’homme : « Jésus de Nazareth. » Chez moi, on dit « Seigneur » ou « le Christ » ou « Mon Dieu » ou « le Fils de l’homme ». Je te connais déjà, paré de tous ces titres, parce que ceux qui m’ont raconté ta vie, tout de suite m’ont dit la fin : la Résurrection, et ce corps du Christ qui se prolonge dans l’Église... Et on ne peut pas leur en vouloir, ils étaient tellement émerveillés ... de tout ce qu’ils avaient vu depuis l’aube de Pâques, que, dès les premières lignes, ils nous dirent la fin ; que les balbutiements des premiers jours de la rencontre devinrent symphonie dans l’éclat du tombeau où la pierre a roulé... Mais ton temps, Jésus ? Mais ta mort, Jésus ? Mais ta vie, Jésus ? Alors, souvenons-nous : étrange époque que celle qui te précède ; une époque admirable en sa quête de Dieu ; une époque divisée :  Ceux qui le voyaient loin, et parfois presqu’absent, ceux qui le voyaient caché, proche et qui se taisait… Ton Père au secret de nos vies... Mais non pas « Ton Père » ! Comment le saurions-nous déjà ?

Suggestions de travail / esthétique :