session-10-séquence-2-26 Judaïsme:héritage-rites

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"Tout cela ensemble sans jamais rien choisir,
pour ne rien décider de ce qui nous échappe."

La dynamique générale de la séquence part de rites différents pour aboutir à une flaque de lumière dans les ténèbres. Les rites sont comme en deçà, impuissants à dire Dieu et à mettre en relation avec Lui. Dans le Temple, les rites sont très présents, mais le Temple est contesté et les rites avec lui.

Médite, creuse, interroge

 

  Exégèse  

 

« Cette sagesse qui, à la fin des temps... »

Textes : Livre de la Sagesse (entre 27 et 14 av. JC ?)

Un juif d’Alexandrie exprime la foi et la tradition juive dans le langage de la rhétorique grecque :

  • 1-5 : le rôle de la Sagesse dans la destinée de l’homme : le juste et l’impie devant la mort.
  • 6-9 : moyen d’acquérir la Sagesse.
  • 10-19 : la Sagesse dans l’histoire du salut, avec une forte critique de l’idolâtrie (13-15).

Lire 2,12-3,12 : les grandes questions théologiques sur l’origine humaine qui séparent les deux courants, officiel et apocalyptique, y sont posées.

Les écrits intertestamentaires

Le terme Intertestament désigne la Bible en train de se faire et pas seulement les écrits entre l’AT et le NT. Ces écrits n'ont été retenus ni par le canon"Canon" : "règle" - dans le cas présent, corpus de textes retenus par les autorités religieuses. juif (90 ap. JC), ni par le canon chrétien (380 ap. JC). À l’époque, la Bible n’était pas encore fixée, ces écrits étaient connus et utilisés. Certains d’entre eux ont été retrouvés à Qumran, tels que les livres d’HénochLe livre d’Hénoch fait partie de la Bible éthiopienne ; il est connu des auteurs du NT qui le citent., des Jubilés, les Testaments des douze patriarches, les Psaumes de Salomon, le Testament de Moïse, le 3ème Esdras, les 3ème et 4ème Maccabées, les Oracles Sibyllins... Un grand nombre est de teneur apocalyptique comme « L’enlèvement d’EsdrasVoir extrait dans CE 14, p. 5455־. Voir aussi le livre des secrets d’Hénoch écrit en grec au 1er siècle de l’ère chrétienne. Le patriarche y accomplit un voyage à travers les sept cieux et reçoit une série de révélations. ». Ces écrits permettent de comprendre et de situer Jésus et son message à cette époque.

«Les rites après l’Exil »

Contexte : Prière, aumône, jeûne sont les trois piliers de la halakhaCf. Mt 6.. Présentes dans toutes les grandes religions, ces pratiques sont vécues ici, en référence à l’Alliance, au Temple et à la Torah (voir Séq. précédente).

Le Temple

Dieu est Un, le peuple est Un ; le Temple unique en est le signe. Il est préexistant dans le cœur de Dieu avant même d’être un édifice. Dès le désert Ainsi, dans le livre de l’Exode, Moïse reçoit toutes les indications concernant le Temple, appelé "Demeure", ou "Tente de la Rencontre ou du Rendez-vous"., il était là, accompagnant invisiblement le peuple. Aucune créature, aucune construction humaine ne peut prétendre être de soi divine. Seul Dieu est Dieu. Sa présence nécessite donc que soit exprimée symboliquement la distance spirituelle qui sépare le peuple de sa Présence, d’où les séparations au sein du TempleDéjà dans le Temple d’Ezéchiel, les séparations se multiplient pour manifester la sainteté de Dieu. Après 70, certains regarderont la terre d’Israël comme le Temple et surtout le peuple dans sa fidélité à la Torah, comme le lieu Saint..

Judaïsme officiel : Dieu est présent dans le Saint des saints et Israël vient au Temple pour dire sa louange et son repentir, (Cf. Séq. La Torah des prêtres : Sacrifices de communion, d’action de grâce, d’expiation). Tout juif est tenu de manifester son appartenance au peuple par la circonci­sion et par le culte au Temple. Les trois grandes fêtes de pèlerinage permettent aux juifs de la diaspora de s’y rendre et chaque synagogue, lieu d’assemblée, orientée vers lui, le rappelle.

Judaïsme apocalyptique : dans ce courant, on entretient des distances vis-à-vis du Temple. En effet, le Créateur de toute chose peut-il habiter une maison faite de main d’hommes ? (Is 66,1). De plus, construit avec l’argent des Perses (2 Ch 36,22-23), profané par les Grecs (2 M 6,2), dominé par une caste sacerdotale compromise avec l’occupant (2 M 4,7-15), le Temple est souillé. Et Dieu a du se retirer dans le ciel avec sa Torah et sa Shekhinah. Le Temple est donc vide !

A Qumran, en attendant que vienne le Temple non fait de main d’hommes, c’est la communauté qui est le Temple (Cf. 2 Co 5,1 ; Ap 21,2-3 : on attend aussi un Temple nouveau).

  • Je les agréerai, et ils deviendront mon peuple, et moi je serai avec eux pour toujours. J’habiterai avec eux à tout jamais et je consacrerai par ma gloire mon sanctuaire, sur lequel je ferai demeurer ma gloire jusqu’au jour béni où je créerai moi-même mon sanctuaire l’établissant pour tous les temps, conformément à l’alliance que j’ai conclue avec Jacob à Béthel. (Qumran : Rouleau du Temple 28,7)

Certains pharisiens relativisent les sacrifices au Temple. D’ailleurs la réalité de la diaspora indique que l’étude de la Torah, l’obéissance aux commandements et la charité suppléent aux sacrifices. Certains passages de l’Ecriture n’affirment-ils pas que l’obéissance et la miséricorde valent mieux que les sacrifices (Os 6,6 ; 1 S 15,22 ; Ps 51 ; repris en Mt 9,13).

 

Théo/Philo
 

 

« Pharisiens et sadducéens, Zélés et Esséniens... »(Cf.Compléter avec la séquence suivante)

Différents groupes socio-religieux : au sein du judaïsme, de nombreux groupes :

Les Pharisiens ("séparés") probablement issus des hassidéens ("purs"). Persécutés au temps d’Alexandre Jannée (vers -90), à cause de leur grande influence sur le peuple, on leur octroie, à sa mort, une partie du pouvoir. Ils se réunissent en confréries autour de repas marqués par la stricte observance des règles alimentaires. En réaction contre les Judéens et mal vus à Jérusa­lem, ils sont les catéchistes populaires des campagnes. Dans les synagogues notamment, ils expliquent au peuple la Torah et enseignent comment il faut vivre en juste au milieu des païens ; ils suscitent même des "craignant-Dieu". À la chute du Temple, beaucoup deviendront rabbins, "maîtres en la Torah".

  • Les Pharisiens, dans leur ensemble, ne s’opposèrent pas au pouvoir romain et, lorsqu’au début de la révolte contre Rome, les insurgésLe parti de Judas le Galiléen par exemple interdirent d’offrir des sacrifices au nom de Rome (interdiction qui correspondait à une déclaration de guerre), « les principaux citoyens se réunirent avec les grands prêtres et les plus notables des pharisiens (...) ils amenèrent les prêtres versés dans les traditions qui expliquaient que tous leurs ancêtres avaient accepté les sacrifices des étrangers ». (D. Barthélemy, Découvrir l’Écriture, Lectio Divina, Cerf 2000, Ch. 2, p. 16, note 1)

Les scribes, ou docteurs de la Loi, ont une bonne formation théologique. Ils enseignent la Torah au peuple et se considèrent successeurs des prophètes et des sages, précurseurs des rabbins.

Les Sadducéens, aristocrates très conservateurs au plan religieux, liés au sacerdoce, prétendus successeurs de Sadoq, coupés du peuple, ils sont peu nombreux, mais très puissants et prêts à de nombreuses compromissions politiques.

Les prêtres représentent un groupe très hiérarchisé, divisé en vingt-quatre classes. Le sacer­doce est héréditaire. Les prêtres assurent le service du Temple à tour de rôle chaque semaine, mais ils habitent dans tout le pays. Ils vivent de la dîme et doivent éviter toute souillure rituelle. Beaucoup sont scribes, ils expliquent la Torah et conseillent le peuple.

Le Grand Prêtre descendant de Sadoq, grand prêtre de Salomon, est riche et influent. Il est responsable spirituel du peuple devant Dieu et chef du sacerdoce. Au temps de Jésus, il dépend du pouvoir romain et préside le Sanhédrin.

Les Hérodiens : attachés à la dynastie hérodienne et donc très liés au pouvoir romain, ils reconnaissent en Hérode un messie, du fait qu’il a restauré le Temple dans sa grandeur.

Les Esséniens, Juifs pieux, pour la plupart d’origine sacerdotale, pour qui le Temple est souillé et les prêtres illégitimes et indignes. Philon d’Alexandrie dans "de vita contemplativa" décrit des monas­tères d’hommes et de femmes étudiant la Torah, célébrant les fêtes et attendant le nouveau TempleCf. CE 55, p 46. La communauté masculine de Qumran est essénienne ou de type essénien. Cf. Ecrits Intertesta­mentaires, La règle de la communauté..

Les Zélés dont les Maccabées seraient les précurseurs sont des nationalistes. Anti-hérodiens, ils luttent pour une pratique de leur religion dans un pays libéré de toute puissance étrangère. Avec le parti de Judas le GaliléenJudas le Galiléen ou de Gamala, appelé encore le Gaulomite, rassemblera des pharisiens s’insurgeant contre l’occupant. Les Zélotes disparaîtront au temps de Jésus et réapparaîtront en +66., on parlera de Zélotes révolutionnaires contre l’occupant.

Les Lévites, descendants de la lignée de Lévi, assistent les prêtres au Temple, mais sont relé­gués aux fonctions subalternes de chantres ou de sacristains. En général très pauvres, sans terre, ils vivent des offrandes et sont souvent mal acceptés (Cf. Is 2,40-58).

Les Samaritains ont fait schisme avec Jérusalem au retour d’Exil (vers -400). Considérés comme idolâtres par les Judéens, ils ne reconnaissent que le Pentateuque comme étant "de foi".

Les Baptistes prêchent un unique baptême de conversion en vue de la fin du monde imminente. En marge du Temple, ils pratiquent le baptême en dehors des villes (Mt 3,1s). Les Thérapeutes Cf. Flavius Josèphe, qui pratiquent des guérisons, et les NazôréensJésus a pu faire partie de ce groupe. Cf. Mt 2,23 ; Ac 24,5... où il est appelé Nazôréen. itinérants sont des sortes d’esséniens non cloîtrés. Ces groupes sont de type apocalyptique.

Les Anawim, "pauvres de Yahvé", humbles, vivant dans la crainte de Dieu, ils s’efforcent de rester fidèles à ses préceptes.

Les prosélytes : païens convertis et circoncis, proches des communautés juives, sont soumis à toutes les prescriptions de la Torah.

Les "craignant Dieu" : païens monothéistes, proches du judaïsme, non circoncis, ne pratiquent pas tous les préceptes.

Le Sanhédrin, Conseil des sages représentant Israël, il a pouvoir de décision vis-à-vis de ce qui doit se pratiquer en Israël.

(Cf. CE 55 Le judaïsme, de l’Exil au temps de Jésus)

Gam 2ème seuil / 216

Parle

 

   Exégèse   

 

Les fêtes

Au retour d’Exil, les fêtes ont été mises en valeur et déployées ; d’autres ont été inaugurées. Chacune fera désormais mémoire de l’histoire du salut et de l’Alliance.

Trois grandes fêtes de pèlerinage

Pessah, Pâque, littéralement "sauter par-dessus",  a une double origine :

  1. Fête pastorale de printemps des nomades, marquée par le sacrifice d’un jeune animal pour protéger le troupeau.
  2. Fête agricole de la première moisson de l’année (l’orge) : elle deviendra en réaction aux cultes de fécondité cananéens, la fête des Azymes, des pains sans levainIsraël entretiendra toujours une méfiance vis-à-vis de ce qui fermente et qui est lié à la fécondité.), fête des prémicesÀ l’époque de Josias, la fête pastorale et la fête agricole sont réunies en une seule.. Cf. Dt 16,1-8 et Ex 12-15 ; 23,14-15 ; 34,18 ; Lv 23,5-8.

Shavuot, Pentecôte, fête des semaines : 50 jours après la Pâque, appelée aussi "fête de la moisson", dernière moisson de blé, fêtes des semaines ou "de clôture". Célébration du renouvel­lement de l’Alliance (2 Ch 15,10-15), elle devient, après la chute du Temple, fête du don de la Torah. Probablement célébrée dans les milieux esséniens, chaque semaine, avec du pain, signe de la manne, de la Parole de Dieu,  et du vin, signe des temps eschatologiques. Dans ces pentacontadesPentacontades : "cinquantaines". Durant les 50 jours qui suivent Pâque, célébration de repas rituels au cours desquelles on renouvelle l’Alliance, cf. Philon d’Alexandrie, De vita contemplativa., la communauté célébrait, en présence des anges, l’arrivée des temps nouveaux.

Sukkot, "sukkah" = hutte", "cabane", Fête des Tentes. Fête de récolte; on construisait des cabanes au milieu des champs, elle devient "La fête" par excellence : Celui qui n’a pas vécu La fête, n’a pas connu la joie dans sa vie (mishnah sukka). Durant sept jours + un, Israël se souvient du temps où pèlerin, il habitait sous la tente au désert : construction de cabanes et bouquet de loulavRameaux auxquels on ajoute un cédrat - sorte de citron - cf. CES 86, p. 50. que l’on agite pendant la récitation du Hallel et à la fin de la fête lors de la procession de l’eau, symbole de la Torah, qui était amenée de Siloé jusqu’au Temple.

Fêtes "austères"

Le mois de Elul (septembre) prépare Rosh ha Shanah ("tête de l’an" = nouvel an) - cette fête n’existait sans doute pas au temps de Jésus -, suivi des dix jours redoutables qui se terminent par Yom Kippour, "le Jour" des expiations, Lv 23,27-32. Cette dernière fête est née avec l’Exil où Israël instaurera un rite d’expiation afin d’être purifié de toute impureté et de tout péché. À la fin de la fête, le jour de Kippour, un bouc émissaire chargé de tous les péchés du peuple était envoyé dans le désert (Lv 16,22). Cette fête a lieu une semaine avant Soukkot.

Petites fêtes

  • Hanukkah (lumière) : Fête de dédicace de l’autel du Temple après la profanation par les Grecs. Célébrée dès 120 av. JC, elle est fête de lumière au cœur de la nuit de l’hiver (décembre).
  • Pourim, sorte de carnaval où on fait mémoire de la délivrance d’Israël grâce à Esther (fin février ou début mars).

Ces petites fêtes sont aujourd’hui très populaires.

Les œuvres

Ce terme désigne la pratique de la Torah, "hatakha", notamment circoncision, Shabbat, prescriptions alimentaires et refus du mélange (amixia). Le zèle pour la Torah (1M 2,26-27,50) sous-tend l’aumône (Tb 1,3.8.16-17; Si 3,30-4,10; 29,8-13) prolongée par les œuvres de miséricorde : prière et jeûne (Za 7,5 ; 8,19 ; Es 8,21 ; Dn 10,2 ; Jn 1,14 ; 2,12-14).

(CE 55 p. 32-35 et 36 : prières bibliques postexiliques.)

 

   Théo/Philo   

 

«Et puis que valaient les idées ? Du moment qu’à les vivre un peuple pût garder l’Alliance avec Dieu... »

Primat de la pratique (halakha), fondement de l’unité du Peuple : Ce qui fonde le judaïsme c’est l’orthopraxie et non l’orthodoxie. Là se joue l’unité du peuple qui doit être UN comme Dieu est UN.

Torah orale et halakha

La halakha repose sur la Torah orale et écrite. Les décisions halakhiques sont prises par les sages au Sanhédrin. Exemple, lorsque les Romains sont entrés à Rome, le Sanhédrin avait décidé que les insignes romains n’entreraient pas à Jérusalem; alors, les juifs s’allongèrent par terre pour les empêcher de rentrer. Mais le Sanhédrin peut décider l’inverse le lendemain. L’important est que le peuple reste uni dans sa pratique.

La aggada

Elle recouvre tout ce qui n’est pas du domaine halakhique et supporte toutes les contradictions : Tout peut se dire dans la aggada, même l’apocalyptique !

  • Chez nous, si l’on interroge sur les lois le premier venu, il les dira toutes plus aisément que son propre nom. Ainsi, dès l’éveil de l’intelligence, l’étude approfondie des lois les grave, pour ainsi dire, dans nos âmes. Il est rare que quelqu’un les transgresse, auquel cas on ne sait trouver d’excuse pour échapper au châtiment. Elle est la cause principale de notre admirable entente. (Flavius Josèphe, 2ème livre contre Apion, § 178s, cité par D. Barthélémy, p. 18-19)

Autant la halakha requiert une unité et une cohérence de la pratique, autant la aggada peut contenir tous les points de vue, elle est déploiement du mystère de la Parole de Dieu.

« Les rites comme signes de purification où le cœur fait à Dieu l’offrande de sa vie. »

Les rites :

  • L’Exil a chargé la liturgie d’une nouvelle dimension théologique : c’est Israël lui-même qui incarne à la fois l’offrande et la victime, d’où les témoignages volontaires de désappropriation que sont les "sacrifices pour le péché" et les offrandes de sang. Cette démarche culmine le jour de Kippour (Lv 16). Rites et sacrifices sont les signes de l’oblation du peuple, de sa réponse d’offrande et de louange au Créateur qui a tout donné et s’est donné lui-même dans sa Parole.
    Dieu épargne une nouvelle fois Israël et lui redonne un avenir en le remplaçant par le bélier sur l’autel de l’histoire (Gn 22 est relu en ce sens). Il octroie un répit à son peuple dont la vie apparaît comme un délai : Nous les vivants bénissons Dieu... ce ne sont pas les morts qui louent le Seigneur, ni ceux qui descendent à la fosse (Ps 113).
    Les sacrifices au Temple disent tout à la fois la vie exposée et épargnée d’Israël ; et le lieu qui résume cette vocation de louange et d’offrande totale, c’est le Temple. (D’après Théologie 2S (99), p. 58)

« Toi seul étais... l’Unique au-delà des contraires. »

La mystique juive Cf. séquence précédente : enjeux théologiques...

C’est l’unité du peuple dans sa pratique qui est la réponse à l’appel de Dieu. La vocation d’Israël est de faire mémoire de l’Alliance et de louer Dieu parce qu’il est Dieu.

« Soyez saints (séparés) comme Je suis saint (séparé) » : si Dieu est séparé dans sa transcen­dance, Israël doit être "séparé" des autres peuples.

Ainsi, Israël est-il témoin devant les nations de la transcendance de Dieu qui est à la fois retrait et poids d’une présence. Elle révèle à Israël sa responsabilité religieuse et éthique au sein de l’humanité.

Par son unité, par sa louange, par sa mémoire et en vivant cette séparation, Israël est témoin de l’Alliance devant les nations.

Gam 2ème seuil / 217-218

Contemple

 

seq-2-26-dia Judaïsme : héritage, rites, © Mess'AJE

 

Et puis il y avait aussi les rites. Après l'Exil, ils avaient repris sens. Les rites comme signe de purification où le coeur fait à Dieu l'offrande de sa vie. Les rites comme ascèse de la foi, obéissant à Dieu qui les avait prescrits. Le pain et l'eau des commandements comme dons du désert, le pain et l'eau comme symboles de la Loi, rejoignant la Sagesse avant l'aube des mondes, cette Sagesse qui, à la fin des temps, viendrait offrir aux hommes un grand festin fait de pain et de vin comme l'eau se changerait en vin. Mais l'on se demandait aussi ce que valaient ces rites pour célébrer ta gloire. Alors certains déjà disaient :  "À défaut de victime à offrir sur l'autel, ouvre le Livre de la Loi et purifie ton coeur à sa méditation". Ou bien : "Aime ton prochain, cela vaudra pour toi, plus que le sang des sacrifices". Et c'était tout cela qu'il fallait vivre, tout cela en même temps, toutes ces théologies, tous ces rites, même si c'était parfois contradictoire. Et Toi, Tu dépassais tout cela, Toi seul étais la vérité, l'Unique, au-delà des contraires. Pharisiens et Sadducéens, Zélés et Esséniens,  tout cela c'était Toi, mais tout cela ensemble, sans jamais rien choisir pour ne rien décider de ce qui nous échappe. C'était un monde aux frontières de l'au-delà, le monde des artistes, artistes du tragique de ne jamais t'atteindre tellement tu es grand ; artistes du sublime, car jamais satisfaits de la route qu'on prend.