Session-08-séquence-2-17 Dieu de l'univers

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« Dieu va faire tout cela, ne le voyez-vous pas ? »

Avec le deuxième Isaïe, toutes les espérances sont là, même si la réalité demeure incertaine, difficile, et apparemment sans promesses...
On attend tout de Yhwh, créateur et recréateur, Dieu d'Israël et de tous les peuples.

 

Médite, creuse, interroge
  Exégèse-problématiques 

 

Rappel

Jusqu'ici, Israël a forgé son identité en opposition aux autres peuples. Il a affirmé sa différence sous mode de séparation (Kadosh), même s'il a dû faire des emprunts aux religions ambiantes.

La tradition isaïenne va réinterpréter au profit de Yahvé le monothéisme perse :

C'est Yhwh, Dieu de l'Alliance, qui est l'unique Dieu, et non le principe spirituel de la lumière au-delà du soleil et de la lune.
C'est lui qui a permis le creuset de l'exil pour que son peuple grandisse dans la foi.
C'est lui qui se sert des nations païennes alors que les apparences pourraient s'interpréter comme une manœuvre du vainqueur.

Un nouveau type de relecture

Bien que les trois livres d'Isaïe aient été écrits à trois périodes différentes (cf. Séq. 6 Isaïe vocation p. 56, données bibliques et historiques, auteur et texte), ils ont en commun un même axe théologique lié à l'universalité :

Dès le 1er Isaïe, Yhwh est perçu comme maître de l'histoire : Is 6,3 ; 7,17-19.
Avec le 2ème Isaïe, Yhwh est reconnu comme l'unique Dieu, créateur de tout, Cyrus est son envoyé : Is 45,1-3.
Le troisième Isaïe exprime clairement l'espérance ; tous les peuples reconnaîtront Yhwh comme l'unique Dieu et viendront l'adorer à Jérusalem : Is 56,3-8 ; 66,18-24.

Le 3e Isaïe enrichit le 1er Isaïe de petits inserts qui permettent au lecteur de percevoir la puissance créatrice de celui qui jusque-là était surtout perçu dans sa relation d'Amour quels que soient les emprunts aux autres religions : Is 11,10 ; 25,6-8.

Ce surplomb de la Parole de Dieu sur toute l'histoire d'Israël apparaît dans la composition même de la bibliothèque isaïenne.

Cela va aussi dans le sens de la lecture narrative, très pratiquée aujourd'hui. On n'y tient pas compte des couches rédactionnelles, ni des auteurs, mais du texte final qui donnera une théologie unifiée d'Isaïe.

Gam 2d seuil / 137

  Théo/Philo-problématiques 

 

« Dieu va faire tout cela, ne le voyez-vous pas?»

L'universalisme : enjeux pour aujourd'hui : la question de l'universalité
La question de l'universalisme constitue un test particulièrement redoutable du rapport entre religions et valeurs. Beaucoup de religions ont un projet universel, c'est le cas du judaïsme, du christianisme et de l'islam, et aussi des sagesses. De nombreux systèmes religieux sont discrédités par leur enfermement en ghettos, systèmes, cultures... Leur message spirituel s'en trouve marginalisé, relativisé. Or, la dimension missionnaire d'une religion découle d'un certain type d'universalisme.
Aujourd'hui, l'universalisme ne se définit plus comme la supériorité d'une croyance sur les autres, mais sur la capacité à s'adresser à toute situation, toute culture. L'universalisme découlant du proto-mazdéisme (religion de Cyrus) supporte bien le syncrétisme et le fait que les peuples gardent leurs dieux. Il en est de même pour un bon nombre de sagesses, où la relation personnelle à Dieu n'existe pas. (Par exemple le Bouddhisme a une prétention universelle dans la mesure où il propose à chacun une voie de détachement pour se fondre dans le grand tout.)
L'universalisme découlant du monothéisme d'Alliance est bien différent : il y a un seul Dieu, celui- ci est créateur de tout l'univers, et donc distinct et à distance de sa création. En même temps ce Dieu est venu croiser l'histoire des hommes et il entretient avec son peuple une relation privilégiée, une relation personnelle. Cette communauté permet à chaque individu de rencontrer Dieu dans son histoire individuelle.

Conséquences de l'universalisme isaïen : la Parole de Dieu par son prophète est performante: « Sa parole déjà, aux lèvres du prophète transfigure le monde »

La parole du prophète n'est plus seulement vision de croyant sur l'histoire, mais peut lire dans les événements passés l'annonce cachée de ce qui apparaît dans le présent.
La parole du prophète n'est plus seulement proclamée. De la même manière que les dieux babyloniens créaient par la parole, la parole des prophètes est efficace. Et la prophétie réalisée est le signe de la maîtrise de Yhwh sur le monde et l'histoire.

Cette analogie entre ordre de la création et ordre de la rédemption va permettre à Israël d'intégrer de plus en plus dans sa vision biblique la sagesse humaine et la philosophie (pas d'opposition entre la foi en Dieu et les lois sociales issues de la foi, osmose de la culture juive avec celle des autres peuples).

Parle
  Exégèse-thèses 

 

La montée en Écriture des mémoires de l'Exil

Rentrés au pays, les anciens rapatriés complètent avec leurs souvenirs l'ancien livre d'Isaïe. L'arrivée de Cyrus avait rouvert toutes les espérances: le péché était pardonné, on allait rentrer au pays! (Is 40,2). Dieu allait refaire pour les exilés de Babylone ce qu'il avait fait autrefois pour la sortie d'Égypte. Mais puisqu'il n'y avait plus qu'un seul Dieu, il aurait pour ce faire, en plus de la tendresse qu'il avait toujours manifestée au désert, la puissance du créateur (Is 40; 51,9).

Devant Cyrus tout avait dû être repensé. Cyrus, avec son Dieu « lumière », se savait adepte d'un Dieu au-delà de tous les dieux. Sûr de la supériorité de son Dieu, il ne craignait pas de dire aux Babyloniens qu'il venait de la part de leur dieu Marduk. Il en avait dit autant aux fidèles de YHWH, et ceux- ci l'avaient pris au mot : Cyrus n'était que le oint de YHWH ! (Is 41,2.25; 45,1). Une fois encore, confronté au dieu du vainqueur, Israël était amené à passer un « seuil » : s'il n'y avait plus qu'un seul Dieu, c'est lui qui avait tout créé. Il devait être soit « lumière », auquel cas on se rallierait à Cyrus, soit « Amour », en fidélité à ce que YHWH avait tou­jours été dans l'Alliance ! Mais dans ce cas son amour serait créateur. Un petit groupe, avec Isaïe, avait franchi ce « seuil »: ils étaient restés fidèles à YHWH qui gardait comme autrefois les tendresses d'un amour exigeant, tout en ayant de surcroît la puissance d'un unique créateur.

C'est tout cela qu'il fallait écrire, maintenant que l'on était rentré au pays. Mêler, dans tout ce que l'on raconte­rait, « les tendresses du salut » et « la puissance créatrice ». Elles sont tissées ensemble tout au long de l'oeuvre du second Isaïe, avec l'affirmation claire que YHWH est le seul Dieu (Is 41,21-24; 43,8-13; 44,6-8).

Ceux qui avaient fait cette option se savaient porteurs d'un message d'une grande espérance susceptible de réta­blir un jour l'idéal d'une royauté renouvelée (Is 42). Car il fallait tout revoir d'un oeil neuf, une fois le « seuil » franchi « Ne vous souvenez plus d'autrefois, ne songez plus aux choses passées, voici que je vais faire du neuf qui déjà paraît » (Is 43,18).

Jacques Bernard FB/268

  Théo/Philo-thèses 

 

«Ils viendraient tous, un jour, t'adorer en Sion. »

La mission centripète : Si YHWH est l'unique Dieu et qu'il est tout amour, cet amour appelle à être connu, reconnu et aimé en retour. De même si YHWH est sauveur d'Israël, il peut aussi l'être des nations païennes. Son salut est donc fait pour tous. Israël en est le témoin, la lumière (Is 49).

Notons qu'il existe des religions universalistes qui ne sont pas missionnaires : pensons ici à la religion de Cyrus tolérant toute forme de religion. À l'inverse, l'universalisme du christianisme et de l'islam proposent à tous les peuples une même foi et ont un caractère missionnaire (centrifuge) incontournable.

Le judaïsme, cependant, connaît surtout un universalisme centripète, à savoir : ce sont les nations qui, reconnaissant YHWH, viendront l'adorer à Jérusalem, sur la montagne sainte et non les témoins qui iront vers elles (une exception cependant : Jonas).

« Dieu va faire tout cela, ne le voyez-vous pas ?»

L'assurance du rétablissement : L'attente de la fin des temps (l'eschatologie) s'enracine dans cette nouvelle perspective du monde et de l'histoire.

Le troisième Isaïe ira jusqu'à transfigurer le réel et projeter dans le futur les espoirs d'une restauration : l'homme enfin guéri de son péché verrait le seul Dieu, par la puissance de son Esprit créateur, régner sur une Jérusalem métamorphosée.

Exemple Is 54. Cf. séquence 19 sur 3e Isaïe : « L'éveil de l'apocalyptique. »

Gam 2d seuil / 138-139

Contemple
sq 2-17 © Mess'AJE

 

Peut-être que ton bras nous rassemblerait tous, et pas seulement nous, mais aussi tous les peuples que tu guidais à leur insu, dont tu étais le roi, dont tu étais le Dieu, puisque leurs propres dieux n'étaient que tes valets. Ils viendraient tous, un jour, t'adorer en Sion, sur ta montagne sainte. Dieu va faire tout cela, ne le voyez-vous pas? Sa parole déjà, aux lèvres du prophète, transfigure le monde. Elle ne reviendra pas que tout soit arrivé.

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