Session-05-séquence-2-02 Amos

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« Vous dites: "Dieu avec nous" ! Dieu va punir à mort ! »

Le prophète est porte-parole de Dieu.
L'attitude vis-à-vis du pauvre et le culte
sont les lieux de vérification de la foi d'Israël.

 

Médite, creuse, interroge
  Exégèse-problématiques 

 

"Qu'êtes-vous dans le jeu des puissants ?"...

Amos, né à Téqoah, près de Bethléem, est le premier prophète écrivain originaire du Sud. Jusque-là, l'enseignement des prophètes comme Samuel était gardé dans les mémoires. Il n' pu être mis par écrit que lorsque le Sud fut suffisamment alphabétisé pour que le peuple pût en tirer profit. Mais Amos, tout en étant du Sud, a exercé son ministère de prophète dans le Nord, sous jéroboam II (Am 1,1), et a profité de l'avance culturelle de ce pays. Il est le pionnier de la culture ancestrale sudiste, qui a commencé à balbutier quand Nord et Sud se fréquentaient au temps d'Achab. L'alliance entre les deux pays a donné de larges débouchés au commerce, de Gat en Philistie jusqu'à Hamat ou Kalné (Am 6,2). De tradition semi-nomade, Amos gère un commerce de troupeaux, et se profession l'amène à voyager (Am 1, 2-5). Il va prêcher son Yahvisme dans le Nord..

Que portaient les mémoires au temps du prophète Amos ?

Amos voyage assez pour avoir pressenti la menace assyrienne, en dépit de la victoire de la coalition contre l'Assyrie de Salmanasar III, à laquelle Achab a participé vaillamment à la bataille de Qarqar (-853) Le danger a été momentanément écarté, mais les attaques plus récentes de Hadad Nirari III réveillent la peur. Amos sait les petits royaumes du Nord et du Sud menacés (Am 1-3). Convaincu que la fraternité autour du Dieu du père a toujours été le vrai ferment de l'unité des tribus, il en fait, avec l'authenticité du culte à YHWH, le critère essentiel de la foi. Or, ce qu'il constate dans le Nord, c'est que l'on amalgame, autour des autels à YHWH, des pratiques de fécondité du culte de Baal (Am 2,6-8). De même, dans l'opulence de ce temps de paix, la fraternité s'effrite au profit de la course à la richesse et aux lits d'ivoire (Am 3, 15; 5,7; 6, 3-5). C'est là, pour lui, le ver dans le fruit qui amènera la décadence des deux royaumes, bien plus sûrement encore que l'invasion de l'Assyrie.

Au temps des Juges, c'est le coude à coude fraternel pour résister à une assimilation excessive qui avait soudé l'unité. C'est ainsi que les tribus semi-nomades et les révoltés de Canaan ont pu trouver et conserver leur identité profonde. Ils se retrouvaient unis pour lutter contre le rejet que leur opposait le système en place et, de victoire en victoire, même s'il n'y avait pas encore d'unité politique, une foi commune trouvait son expression. Au temps de Jéroboam II, Amos constatait que tout avait changé. La structure politique existait bien avec le roi et un bien-être économique jamais atteint. Jéhu avait décapité le culte de Baal dans les maisons royales de Jézabel et Athalie. Mais le coude à coude qui avait galvanisé les forces contre Baal ne faisait plus recette et la guerre était aux portes. L'embellie momentanée aux frontières du Nord créait l'illusion. On se croyait en règle avec le credo parce que, apparemment, tout allait bien ! Quand la débâcle arriverait, on risquerait d'accuser YHWH d'infidélité envers son peuple !

(Jacques Bernard LFB/218-220)

  Théo/Philo-problématiques 

 

"Un siècle après Élie... Amos, Osée, Ier Isaïe "

Avec les prophètes Amos, Osée et le premier Isaïe, le ton change : la perspective d'une catastrophe nationale approche. Les frontières du royaume sont poreuses, la royauté peu convaincante, la réussite historique compromise par des alliances douteuses et mortifères; et surtout, la vigueur spirituelle du peuple et de ses élites semble bien entamée, voire moribonde.

L'histoire risque de ne plus être le seul critère de la justesse de la foi. la paix apparente ne justifie pas la bonne conscience : l'hypocrisie du culte et le mépris des pauvres sont là pour alerter. Dieu va sans nul doute se retourner contre son peuple et réaliser une sorte de "contre-Exode". Si on le considère comme un dieu qui doit payer, sans doute ne pourra-t-on pas le reconnaître sous ce visage déconcertant... Peut-être faudra-t-il qu'Israël connaisse la détresse pour revenir à son Dieu ?

C'est que la relation entre Dieu et son peuple est une histoire d'amours tourmentées. Les prophètes comme Osée vivront jusqu'à l'intime de leur vie personnelle le drame survenu entre l'Époux divin et sa partenaire infidèle. Ici encore, il faudra toute la fureur de l'amour de Dieu pour arracher Israël à ses envoûtements et lui faire retrouver, dans la douleur du "manque" et du désert, le long retour à la guérison.

Le premier Isaïe modulera avec son génie propre la même intuition : sans doute faudra-t-il qu'on affronte dans la bourrasque des événements une présence divine paradoxale, dont on ne pourra pas exiger qu'elle se plie à nos exigences et se rende à nos rendez-vous. C'est du creuset de l'épreuve que l'or de la foi pourra peut-être sortir purifié. [...]

Il faut seulement vivre le quotidien comme un miracle donné ... et l'avenir comme une grâce octroyée aux pauvres qui attendent tout de Dieu, même au crépuscule de leur existence.

Les prophètes et la littérature issue de leur témoignage vont devenir pour Israël, les témoins de la foi au sein de la tourmente et lui permettre de la traverser en continuant de tendre la main vers un Dieu de plus en plus mystérieux.

(Jean-Marie Beaurent, RTP/141-142)

Parle
  Exégèse-thèses 

 

Amos connaissait-il déjà un récit unifié des exodes ?

La comparaison des deux références d'Amos à l'Exode : 2, 9-12 et 4, 6-11, peut aider à répondre. Le premier passage, plus court, est tiré d'une série de jugements sur les peuples qui peuvent appartenir à un cadre rédactionnel plus tardif, car on le retrouve chez plusieurs autres prophètes. Ce peut donc être un cadre littéraire rapporté.

Dans le second passage Am 4, 6-11, l'argument résumé est le suivant : "YHWH vous a fait toutes les misères du monde et vous ne l'avez pas reconnu !" ce qui revient à inverser la logique habituelle de l'Exode : "YHWH vous a sauvés, vous êtes donc ses obligés." On pourrait appeler ce texte un "contre-exode" !

D'autre part, les malheurs frappent les populations d'Israël mais il n'est pas question de départ vers l'Égypte et, plus étonnant encore, ce sont les populations d'Israël qui reçoivent les plaies d'Égypte. Le message est clair : Israël ne connaîtra plus les Exodes d'Égypte puisqu'il invoque Baal. Il est devenu l'Égypte sur laquelle déferlent les plaies envoyées par Dieu. La configuration historique la mieux appropriées à cette description est la période de Jéroboam II. On peut même y voir une mise en œuvre de la menace d'Élie à Achab. C'est bien YHWH qui donne ou non la pluie à qui il veut. Quant aux plaies d'Égypte, les populations du Nord les ont connues avec les guerres récentes.

Et ils n'ont pas reconnu YHWH ! La formule, paradoxale, contient toute la prédication du prophète. La foi d'Israël ne peut plus se fonder comme autrefois sur les bénédictions de YHWH inscrites dans la réussite de l'histoire. Il est clair pour Amos qu'à court terme il n'y aura plus de réussite de l'histoire autre que "deux pattes et un bout d'oreille " (Am 3,12) c'est-à-dire un échec radical et non une promesse / espérance de restauration qui ne viendra qu'après l'Exil.  La foi ne pourra plus s'appuyer sur la réussite de l'histoire mais seulement sur la fidélité du culte et la solidarité entre frères. Or elles ne sont pas pratiquées ! Tel est le virage que prend la foi avec Amos !

(d'après Jacques Bernard LFB/221-223)

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referen-ciel : Amos chapitre 2
referen-ciel : Amos chapitre 4

  Théo/Philo-thèses 

 

Mère migrante, Nipomo, Californie -1936, © Dorothéa Lange

"Écoutez cette parole, vaches de Bashân qui êtes sur la montagne de Samarie, qui exploitez les faibles, qui maltraitez les pauvres, qui dites à vos maris : "Apporte et buvons !" Le Seigneur l'a juré par sa sainteté: voici que des jours viennent sur vous où l'on vous enlèvera avec des crocs, et jusqu'aux dernières, avec des harpons de pêche; vous sortirez par des brèches, chacune droit devant soi, et vous serez repoussées vers l'Hermon, oracle de YHWH."

Amos 4, 1-3

Désormais, le peuple doit apprendre à reconnaître la présence de Dieu, non pas dans la prospérité et la victoire, mais dans les malheurs qui vont s'abattre sur le pays. C'est le comportement éthique et le culte sans fraude qui sont les vrais lieux de vérification de la foi d'Israël.

referen-ciel : Amos chapitre 5

Contemple
Seuil-2-sq02-Amos, © Mess'AJE

 

Un siècle après Élie, Amos allait reprendre le flambeau des anciens prophètes. Gardien de grands troupeaux, son œil avait appris l'au-delà des frontières. Il dénonce ceux qui disent : "L'histoire nous réussit, Dieu est à nos côtés. 

Qu'êtes-vous dans le jeu des puissants pour vous croire à l'abri dans vos maisons d'ivoire et sur vos lits d'ébène ? Allez voir à Hamat la Grande, Allez jusqu'à Kalné ! Pensez-vous résister au fléau qui s'annonce du nord et va tout dévaster ?

L'histoire nous réussit, Dieu est à nos côtés ! Quel Dieu adorez-vous lorsque vous vous  vautrez dans vos temples, à Béthel, Guilgal ou bien Silo ! Quand vous dites au prophète : 'Va-t'en loin de Béthel annoncer le malheur !' 

Vous dites 'Dieu avec nous !' Allez interroger les pauvres dans la plaine. Leurs épaules croyaient avoir oublié le poids de l'esclavage. Dieu va punir à mort, il ne restera rien qu'un reste purifié, pour tout recommencer."

Qu'il était loin le temps où les hommes de Dieu construisaient la victoire !