Second seuil de foi : l'Exil

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2-123-enfant-Varsovie-1938 / Un monde disparu, © Roman Vishniac

La nouvelle maturité dans la foi fournie par le franchissement du premier seuil comporte inévitablement le risque de l'installation. Au lieu de faire vivre, les nouveaux repères, fruits de l'expérience, peuvent devenir routine. La Torah, d'abord vécue est peu à peu écrite. Or la vie et ses changements posent des questions nouvelles. D'autant plus que pour le peuple, les dimensions du débat sont désormais internationales et que la lecture des textes fondateurs révèle d'autres enjeux. La tentation est grande de s'appuyer sur ses propres forces et de jouer le jeu de tout le monde au lieu de se fier à l'Alliance avec Dieu.

Or, quand l'épreuve s'abat, que les événements dramatiques se déchaînent, que la dispersion anéantit le peuple des croyants, comment continuer à se fier aux fondements de l'identité de ce peuple ? Comment repérer un nouveau chemin au milieu des bouleversements quand ce n'est plus un exode mais un exil qui est à vivre ? Comment continuer à croire à la présence de YHWH quand il se tait au plus dur de l'épreuve ?

De nouveaux témoins vont se lever qui indiquent la voie en la vivant dans leur chair : hommes de prière malgré tout, enracinés dans la mémoire de la fidélité de YHWH, affermis par l'observance de la Torah, ils réussissent à garder leur âme dans ce nouvel affrontement avec le néant. Même poussés au large de l'univers, les fidèles vont apprendre à la lumière de ces prophètes, l'unicité de leur créateur et sauveur, au delà même des autres sacrés fabriqués que réclament l'énergie des peuples. Dans le paradoxal silence de Dieu, ils apprennent à se tenir sous l'ombre d'un mystère que seule l'adoration respectueuse et les mystiques pluralistes peuvent approcher.

Leur témoignage face à l'idolâtrie des puissants va les exposer à la haine des peuples, mais ils maintiendront ferme leur profession de foi, parfois même jusqu'au martyre.Dans la détresse, les prophètes vont les guider : les chemins de la prière les mèneront jusqu'au sacrifice, jusqu'à l'attente du Jour de Dieu, jusqu'au combat pour la foi, jusqu'à l'intuition de la Résurrection... Autant de voies diverses frayées dans la brousse du mystère vers la gloire révélée à Moïse au Sinaï.

La vie du peuple en inventorie sans cesse la fécondité, aidée par les sages et unifiée par son Sanhédrin. C'est dans cette chair vive de la foi que Jésus est né et qu'il a appris à nommer Dieu "mon Père".

  • Nouvel horizon : l'histoire n'est plus en faveur du petit peuple, mais semble au contraire l'anéantir. Israël n'est qu'un fétu de paille propulsé dans d'autres histoires, d'autres alliances.
  •   Amos : YHWH Sabaoth Baal est toujours le Dieu d'Israël, mais il n'est plus reconnaissable à la réussite de l'histoire. Le prophète rappelle que c'est l'attitude vis à vis du pauvre et le culte qui sont les lieux de vérification de la foi d'Israël.
  •   Abraham : Le prophète rappelle aussi que la foi est ce dynamisme qui va de mémoire en écriture et en relecture actualisée.
  •   Osée : Chaque prophète le redit avec sa personnalité. Pour Osée, c'est par l'épouse infidèle et pourtant purifiée au désert, qu'il parle de l'Alliance. YHWH ne se reconnaît plus dans la réussite et les victoires. Les échecs sont les rigueurs d'un amour qui continue d'avoir les mêmes exigences envers son peuple.
  •   Luttes fratricides : Les bains de sang jusque dans le peuple lui-même mettent la foi à l'épreuve.
  •   1er Isaïe : Pour la première fois, YHWH est présenté comme un dieu-roi assyrien. Le Dieu de l'exode commence à prendre une dimension internationale, il va chercher les peuples pour punir le péché.
  •   Ézéchias : au temps d'Isaïe, le royaume du Nord disparaît, le Sud est sauvé de justesse. Quel discernement opérer au nom de l'Alliance,  au milieu du jeu des alliances politiques ?
  •   Josias: Le Deutéronome évoque les origines "idéales". La Torah et son interprétation envahissent tout, Moïse faisant unité.
  •   Jérémie : À Megiddo c'est tout ce sur quoi on s'appuyait qui s'effondre.
  •   Jérémie : Avec Joiaquim on est pris par les événements, les jeux d'intérêts, les manigances... L'idolâtrie, le péché sont partout, comme Josias avait vu la gloire partout !
  •   Ézéchiel : Mystique périlleuse et très belle pourtant : si l'homme n'est rien devant Dieu, Dieu peut prendre toute la place en lui.
  •   Ruine de Jérusalem : Entre le VII° siècle et le VI° le nombre de sites habités chute des deux tiers: la population connaît un effondrement de près de 90%.
  •   L'histoire deutéronomiste : Au contraire du Deutéronome, le Mémorial deutéronomiste n'éclaire plus rien. La Torah s'obscurcit, l'Exil est un "contre-exode", un Exode à l'envers, un "contre-Sichem". L'histoire du salut est remise en cause.
  •   Cyrus : À la fin de l'exil, l'événement politico-religieux qu'est l'arrivée de Cyrus le Perse provoque une avancée énorme d'Israël dans sa foi.
  •   Second Isaïe : Face au monothéisme spirituel perse apporté par Cyrus, Isaïe met en avant le monothéisme d'Alliance où YHWH est dit unique Dieu du ciel et de la terre, créateur de tout ce qui existe. YHWH demeure plus que jamais proche, relationnel, rédempteur d'Israël.
  •   Transfiguration du Serviteur : Parce qu'elle pouvait s'appuyer sur un credo antérieur, la théologie de la transfiguration comme recréation par l'amour de YHWH est acceptée par une partie du peuple. Elle est le germe de la foi en la résurrection.
  •   Dieu de l'univers : Avec le Second Isaïe, toutes les espérances sont là, même si la réalité demeure incertaine, difficile et apparemment sans promesses. On attend tout de YHWH, créateur et recréateur, Dieu d'Israël et de tous les peuples.
  •   Torah des prêtres : Le culte, lieu de mémoire des événements de salut, fait de toute la vie une liturgie.
  •   Troisième Isaïe : Le retour sans gloire, sans victoire, présage de nombreux problèmes. Qui mène le jeu, Cyrus ou YHWH ? Qu'en est-il du Roi, du Temple, de la Terre ? Face à tout cela un rêve naît : celui d'une intervention céleste. C'est l'éveil du courant apocalyptique.
  •   Croisée des chemins : Quel chemin adopter ? Le rêve apocalyptique du 3ème Isaïe, comme espoir de vie suintant sous les pierres, ou l'obéissance du courant sacerdotal, comme tranchée dans le roc ?
  •   Difficile unité : Disciples de Josias, disciples d'Isaïe ou disciples des prêtres, sans parler de tous ceux qui tentaient seulement de vivre de leur mieux. La division s'installait. Chacun tenait aux textes qui avaient servi à passer la toutmente. On réunit les traditions ensemble pour en faire une Bible.
  •   Torah : Durant une longue période la Torah et le Temple vont peu à peu être perçus comme fondement de tout. Le dialogue avec la sagesse grecque va les faire percevoir comme "préexistants" en Dieu. Le "Mémorial" donne au monothéisme et à l'universalisme, "une fois encore", une tout autre dimension.
  •   Torah et Sagesse : À l'époque d'Esdras, la Torah, le Temple et le Mémorial juif ont pris des dimensions internationales. À l'époque d'Alexandre, c'est le monde grec qui est présenté comme international et sa sagesse comme universelle. Deux mondes se rencontrent. Si derrière chaque sagesse c'est le même Dieu, l'Unique, on peut accepter de traduire les textes de Torah en grec.
  •   Martyrs : Mais l'inculturation est ambiguë: persécution, idolâtrie ou martyre ne sont pas loin. Mais apparaît aussi le lien entre la foi en la Résurrection et la foi en la Création : YHWH, créateur et recréateur, transfigure et ressuscite en son Amour. Le martyre témoigne du fait que ce qui fait vivre le croyant ne vient pas de lui mais de Plus Grand que lui.
  •   Judaïsme, paradoxes  : En acceptant la coexistence de théologies différentes, voire contradictoires, il témoigne du mystère d'un Dieu hors de sa portée.
  •   Judaïsme, héritages : L'unité du peuple juif se fait par la pratique (halakha), par delà la diversité des théologies.
  •   Judaïsme, attentes : Comment, au temps de Jésus, s'y retrouver dans la profusion des textes et des courants ? Et Dieu n'a-t-Il pas déjà tout donné ? Comment encore envisager du neuf ?
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