Premier seuil de foi : l'Exode

Ps78,6
Ps78,6, © Benn

La question de la foi n'est pas si rare. Même s'il y a des moments plus critiques, il peut arriver assez fréquemment de se demander : mais, en définitive, à quoi je crois ? Pas d'humanité sans cette référence ultime au récit fondateur de sa propre existence. La croissance même de l'humain repose sur cette adhésion plus ou moins consciente, plus ou moins vivante... ce qu'il répond aux questions existentielles que lui pose son enfant : qu'est-ce que la mort ? Le récit que transmet le père ou la mère à son enfant, en réponse par exemple au pourquoi de la mort, énonce une vérité fondatrice sur laquelle reposeront les autres piliers de l'existence comme autant de repères.

Il en va ainsi de tout homme et donc de tout peuple. Le récit fondateur, le mythe originel est exemplaire, sacré, significatif: il exprime LA Réalité, ce qui est vrai définitivement. Il est transmis par les ancêtres, il se célèbre dans l'initiation, il fonde et recrée la communauté et donne sens à la vie. En son coeur il y a la question centrale des origines de la mort, de la vie, de la violence, du mal. Le franchissement de ces seuils de conscience est toujours risqué. Faut-il donner à voir la mort à l'enfant ou la lui cacher ?

Les crises de croissance qui caractérisent les franchissements de seuil sont d'autant mieux vécues qu'elles le sont en famille, en peuple, en communauté. C'est pourquoi il est salutaire de retrouver dans les récits fondateurs les échos de notre propre histoire. C'est ainsi que l'histoire du peuple de la Bible prend une densité inespérée quand y apparaît l'écho de notre propre histoire. Il y est question des débuts du monde, de l'apparition de la vie, de l'humanité, celle qui commence à enterrer ses morts. Elle n'en cache ni la violence, ni le polythéisme, ni les ambiguïtés ni les collusions avec les puissances numineuses ou idolâtres. Mais elle y trace un chemin de croissance, "exode" extraordinairement actuel car les mêmes forces sont à l'oeuvre sous nos yeux et en nous-mêmes.

Et tant mieux si au détour de la crise le grand enfant qui ne croit plus au Père Noël revisite à nouveaux frais la belle "histoire sainte" dans laquelle certains adultes auraient voulu l'enfermer ! Tant mieux s'il découvre, avec ses frères juifs en particulier, que les premiers écrits bibliques n'ont pu apparaître qu'au temps d'Achab aux IX° et VIII° sièclesAvant Jésus-Christ dans le nord de la Palestine. Qu'il faudra attendre Josias au VII° siècle pour avoir un début de Bible avec une histoire d'Alliance qui rassemble les traditions du Nord et du Sud. C'est à travers toute cette vérité historique que les croyants d'hier et d'aujourd'hui reconnaissent Dieu qui parle, une Parole vivante et agissante.

Tant mieux si, grâce aux sciences humaines en particulier, il s'aperçoit qu'il peut mettre un nom sur une réalité sociologique qui occupe le centre de gravité de ce premier seuil de foi : l'assimilation-rejet. Il ne sera pas déconcerté d'entreprendre sa lecture de l'histoire de la foi non par le livre de la Genèse mais par celui des Juges qui, à travers oppression et révolte, relate la coalition de tribus derrière Déborah et une victoire aboutissant au renforcement du credo ! D'où la logique des moments de ce franchissement de seuil :

  • "Notre histoire" introduit à l'histoire du salut selon les Seuils de la foi. Elle rejoint, appelle, éclaire ma - notre - propre histoire.
  • "Attitude sacrale" et sa mise en cause , plongent dans l'expérience fondamentale des religions du Moyen-Orient, terreau à partir duquel et dans lequel est née et a cheminé la foi biblique.
  • "Déborah" rappelle une victoire de marginaux révoltés coalisés avec des immigrés semi-nomades contre l'oppresseur cananéen; YHWH sera reconnu l'auteur de la victoire.
  • "La sortie d'Égypte" souligne non pas le passage de la Mer rouge, mais les caractéristiques de la foi des tribus semi-nomades en train de s'installer en Canaan.
  • "Sichem-Sinaï" évoque le souvenir idéalisé de l'installation des tribus, s'unifiant autour d'une histoire et d'ancêtres, autour d'une nouvelle manière de célébrer et de vivre.
  • L"Assimilation-rejet" rend compte du processus dont le livre des Juges porte la trace.
  • "Les débuts de la royauté" évoquent des débuts marqués par des péchés d'assimilation. La reconnaissance de ce péché est aussi constitutive du credo que les victoires.
  • "Genése 2" et "Genèse 3"   reprennent le vieux récit de création en mettant en lumière qu'il témoigne du vieux credo d'Israël, préparant et portant en germe la foi chrétienne.
  •   "Élie", plus précisément le récit du sacrifice au Mont Carmel, conclut le 1er seuil : le refus de Baal au profit de YHWH qui remporte la victoire.
  •   Il annonce le 2ème seuil : le prophète se dresse au nom de YHWH, mais il est seul, face au roi et au peuple.

Derrière ces différentes facettes et expériences, YHWH se révèle guerrier fidèle aux côtés de gens marginaux, rivaux, révoltés, insatisfaits et dont il fera son peuple. Présence en dialogue, il attend une réciprocité. Sur le plan éthique, le 1er seuil invite à passer d'une attitude de convocation à une attitude d'évocation, en particulier à délaisser les pratiques magiques et d'accaparement, pour s'en remettre à YHWH, le Sauveur qui prend soin des sans-voix, des marginaux.

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