A-Phénomènes culturels

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Ressources théologiques et philosophiques, Jean-Marie Beaurent pp302-304
   Phénomènes culturels  

L'ampleur sociologique de l'incroyance rend les croyants minoritaires; le phénomène culturel de l'incroyance fait juger le fait chrétien comme dépassé.

  • Dans notre civilisation, le secteur primaire s'est trouvé relayé par le secteur secondaire, lui-même débordé par le tertiaire : la population n'est plus liée à un lieu ; les groupes humains sont définis par leur fonctionnalité et non plus par leur enracinement. Ainsi, d'une part, la foi perd sa symbolique spatiale et, d'autre part, elle devient un choix personnel : La Cité séculière (Harvey Cox) secrète l'anonymat. C'est la garantie de l'existence « privée », mais aussi la source d'une liberté individuelle sans frein et d'un isolement grave; la foi risque de se réduire à une sorte d'option individuelle, d'autant plus difficile à tenir que, précisément, elle est individuelle.
  • Les phénomènes de communication nous rendent la Chine, l'Inde ou l'Afrique plus proches que par le passé; notre culture et notre foi en sont relativisées; elles apparaissent comme des manifestations « régionales », alors que l'information « mondialise » les grands problèmes de la justice et de la paix. Nous tenons alors à notre culture, à notre religion, comme à notre identité mentale ou sociale.
  • L'homme moderne a conscience que toute personne doit pouvoir « penser par elle-même » ; il se trouve, de ce fait, allergique à toute forme d'institution autoritaire qui ne lui laisserait pas la possibilité de choisir.
  • Les mentalités scientifiques et techniques, hyperspécialisées, ont tendance à se fermer à la symbolique religieuse, globalisante et totalitaire (cf. premier Seuil « L'attitude sacrale »). Et pourtant, l'émiettement des savoirs creuse une soif Incontrôlable de nouveaux mythes, plus « fonctionnels » : l'efficacité, le progrès, l'enfant-roi, etc.

Et si nous sommes convaincus que tout problème bien analysé peut trouver une solution, le divin paraît bientôt comme le « bouche-trou » de nos Impuissances: plus l'homme avance et découvre, plus le divin recule: le mal n'est que défaut de connaissance, d'éducation ou d'organisation ; la question de la mort reste insoluble et contraint de recourir au divin (et l'État recourra au même divin de préférence, pour favoriser la cohésion sociale).

 

 

Cependant, nombre de phénomènes culturels semblent aller en sens Inverse, c'est-à-dire qu'ils peuvent être perçus comme compatibles avec la foi chrétienne.

  • Si l'homme d'aujourd'hui est éminemment relationnel, la foi ne doit-elle pas être vécue à cette dimension-là ? Elle est une chance pour une communication plus profonde; elle ne promeut pas seulement les relations personnelles immédiates, mais aussi les médiations plus larges: radio, télévision...
  • La dimension collective planétaire des problèmes humains peut faire pressentir l'unité du genre humain et le sens d'un corps ecclésial universel.
  • L'importance donnée à la liberté personnelle dans l'expérience de foi dégage le chrétien des réflexes inquisitoires; nous sommes capables d'être respectueux les uns des autres, de comprendre que le message du Christ puisse s'incarner dans d'autres civilisations que la nôtre et demeurer en harmonie avec l'Église entière dans sa tradition « missionnaire ».
  • À propos des découvertes scientifiques, nous ne pouvons manquer de poser la question de leur sens, du sens de leur orientation ; et les orientations prises, les choix faits, posent à nouveau la question : « Quel type d'homme voulons-nous? » Les chrétiens ont là une proposition originale à faire; ils peuvent répondre à la question : « À quoi sommes-nous appelés, à quel type d'humanité ? »

L'accent mis sur l'action rejoint une dimension essentielle de la foi : c'est dans et par la pratique (l'engagement et la liturgie) que la foi se manifeste et que l'humanité peut s'orienter dans le sens de l'Évangile.