Nativité, Françoise Burtz

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          Pour ce Noël 2014, je voudrais vous parler de la beauté. Car si Dieu est bon, et qu’en cet Amour qui ne cesse de se révéler en nous, nous avons à hâter l’avènement du jour de Dieu (2 P 3,9-11), il est avant tout « BEAU ». Cela avait frappé le petit Francisco de Fatima. On lui demanda une définition de Dieu. Il répondit très simplement : « Il est beau ».

          L’Éden lui-même s’ouvre sur cette splendeur avec la perspective immense de découvrir « le rayonnement du Beau », ce Beau né de l’Amour vrai. En ce monde, le créé luimême est chantre de ce rayonnement. L’homme, lui, a pour ministère de conduire à Dieu toutes les créatures. De les conduire vers leur germination secrète qui les enfante à leur « tendresse ontologique » c’est-à-dire ce qui décèle en transparence le Logos en eux, permettant une beauté personnifiée. C’est le propre de l’Esprit Saint que d’être l’Esprit de la beauté. Dévoilant la forme secrète des formes, et surtout la forme qui informe. Scellé des dons de l’Esprit Saint, l’homme reçoit un charisme contemplatif : il porte en lui « un Logos poétique caché » capable de décrypter la Sagesse de Dieu en tout ce qui est. St Basile de Séleucie révèle ce charisme du chrétien de pénétrer l’essence des choses.

          Un jour que je parlais avec Marthe Robin, elle me dit brutalement : « L’art c’est l’Esprit Saint et on ne le laisse plus s’exprimer ». Que m’a-t-elle dit là ! J’ai détruit des dizaines et des dizaines de tableaux, des centaines d’yeux. Un de mes tableaux préférés reste la Vierge à l’Enfant que je veux fêter avec vous en ce Noël. Que de larmes pour peindre cette Vierge que j’ai fini par nommer « Notre Dame de la foi », tant il fallait de foi pour la dire ! Comment voulez-vous peindre Dieu dans l’homme ? Dieu en Marie et finalement Dieu dans l’enfant ? De plus, je venais de l’art abstrait (on le sent très fort dans le vêtement de Marie). Une fois que l’ovale des visages était là, restait à peindre le miracle de la transparence, cette intime compénétration du Logos en Eux, et cela en terme de lumière, peindre aussi la correspondance adéquate du mystère de l’Incarnation. C’était trop dur ! J’ai tant souffert à vouloir dire ma contemplation.

         

Nativité
Nativité, © Françoise Burtz
Nativité, © Françoise Burtz

 

          J’ai commencé par couper une partie de la tête de Marie et de l’enfant, disant à ma manière que la tableau était trop petit pour cerner leur mystère. Puis avec le jeu des mains unies, joindre ces deux rives : Dieu et l’homme à jamais Un en Marie. Mais c’est par les regards qu’il me faudra les situer au-dessus de l’abîme du péché... Bref, à travers la sainteté de l’insondable divin fait chair, que toutes les antinomies du monde finiraient par se dissoudre comme des vapeurs dans l’azur de l’éternité… Voici comment l’icône peinte par mes pauvretés prenait vie pour s’élancer vers l’Unique désirable. Et si bouche et nez étaient à peu près peints, restaient les yeux !

- Oh mes amis ! Les yeux, ces lampes qui rayonnent le visible de l’invisible, devant dire l’absolu ! Dieu m’envoya un Saint, le Cardinal Journet (je peignais alors en Suisse). Il me regardait faire et défaire mon travail chaque jour.
C’est même cela qui donne le sentiment que ça manque de peinture dans les hauts des visages. Il s’approcha et dit sévèrement : « A présent, ça suffit de défaire le travail de l’Esprit- Saint en vous. Humblement laissez-le faire, avec juste, capter la lumière et la traduire en tant que peintre ». Je pleurais tellement qu’il me prêta son mouchoir.
– « Mais pourquoi, me dit-il, pourquoi défaire ? ».
- « Marie doit être comme l’achèvement du don de Dieu pour toute l’humanité, et que dire de l’enfant ? Peindre la créature immaculée unie au Créateur, jusqu’à l’identité parfaite par assimilation, bref, dis-je à bout de nerfs, c’est infaisable et il y a tout le reste : on n’a plus la foi des anciens ».
- « Pourtant, c’est pour cette action et ce témoignage que vous peignez en une sorte de mise à part. L’attitude correcte de l’âme humaine est d’oser ».

          Je lui ai parlé alors de Marthe Robin et je le voyais sourire, j’étais sûre qu’il la connaissait. Enfin il me dit : « Quand la grâce nous voit aspirer de tout notre vouloir à la beauté d’en haut, elle nous acquiert la marque de la ressemblance ».


Et levant sa main, il me bénit, moi et le tableau. Depuis c’était mon tableau le plus aimé. Un peu comme des stigmates invisibles qui font mal de vouloir dire la vie de la grâce sans jamais y parvenir ! Et pourtant, ce tableau tant chéri, je l’ai donné au Cardinal Danneels pour célébrer en lui cette Belgique à qui je dois tant, puisque ce sont les moines de Maredsous qui, chaque Dimanche, pendant toute ma jeunesse (de 8 à 15 ans) m’enseignèrent Dieu et l’art religieux. Mon papa et ma maman me conduisaient là-bas chaque dimanche (on n’échappe pas à l’onction de l’enfant conduite au Temple). Quand j’ai revu Marthe, elle me dit après un long silence, « dire le Beau, comme c’est dur ! Il s’agit de montrer aux hommes une autre nature, sa vérité enfouie, et notre Dieu est un Dieu caché ».
- « Je n’y arriverai pas, Marthe, il y a sûrement des gens plus ouverts à la grâce, plus doués que moi, plus riches en dons ».
- Silence de Marthe
- « Je ne peux pas peindre la substance de l’être purifié de ses implénitudes, c’est de la folie ou bien un orgueil rare.
- « Justement, me dit Marthe, rentrez dans l’humilité de la Servante ou du petit enfant qui ne sait rien, c’est un long chemin, sinon il n’y aura pas dans vos tableau la prédication de la vie de l’âme ».
« Joyeux Noël à tous, redevenons ensemble un petit enfant qui a confiance dans les merveilles que Dieu opère ne nous ».

Françoise Burtz