L'ivraie dans l'Église

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Cette page est une introduction au commentaire proposé par Jacques Bernard sur le site Référen-ciel.

 

Credo (jugement)
Credo (jugement), © Françoise Burtz
Credo (jugement), © Françoise Burtz
Elle procède en quatre étapes :
  1. analyse  : pour chaque verset
  2. apocalypse : ou révélation, dévoilement. C'est le message résultant des questionnements et des échos.
  3. synthèse : une reprise de l'apport de l'analyse.
  4. méditation : prolongement spirituel qui peut ouvrir à l'oraison.
L'analyse (1ère étape) est répartie en trois colonnes :
  • 1ère colonne : le texte biblique de base
  • 2de colonne : quelques questionnements
  • 3ème colonne : quelques échos bibliques

L'enjeu de cette introduction est

  • de s'effacer progressivement au bénéfice de l'original
  • d'inviter les stagiaires à réagir (commentaires)
  • d'inciter à prolonger la même démarche par une lecture personnelle renouvelée.

Analyse

 
Mt 13, 36-43 traduction Bible de Jérusalem Questionnement Échos  
36 Alors, laissant les foules, il vint à la maison; et ses disciples s'approchant lui dirent : "Explique-nous la parabole de l'ivraie dans le champ." Pourquoi Jésus provoque-t-il les disciples, au point de les choquer ? Ils ont du mal à admettre que le mal soit semé en même temps que le Royaume. Comme Isaïe (Is 6,9) "il faut secouer les auditeurs par des propos qui leur évitent de retrouver les ornières dans lesquelles ils se sont embourbés."(JB[1])  
37 En réponse il leur dit : "Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme; Prétention ou réalité ? Qui est ce Christ qu'ils suivent ? Il a lui-même précisé plus haut : "Vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu'elles entendent."(Mt 13,16)
Cf. Dn 12,10 "Beaucoup seront lavés, blanchis et purifiés; les méchants feront le mal, les méchants ne comprendront point, les doctes comprendront."
 
38 Le champ, c'est le monde; le bon grain ce sont les sujets du Royaume; l'ivraie ce sont les sujets du Mauvais. 39 l'ennemi qui la sème, c'est le Diable ; la moisson, c'est la fin du monde ; et les moissonneurs, ce sont les anges . Cette interprétation est-elle de Jésus ou de la première Église ? Cf. l'explication de la parabole du semeur Mt 13, 18-23  
40 De même donc qu'on enlève l'ivraie et qu'on la consume au feu, de même en sera-t-il à la fin du monde. 41 Le Fils de l'homme enverra ses anges qui ramasseront de son Royaume tous les scandales et tous les fauteurs d'iniquité 42 et les jetteront dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents. Pourquoi attendre la fin des temps ? N'y a-t-il pas place pour un discernement humain de justice ? Jésus développe ici une interprétation proche du courant apocalyptique qui se démarque du courant juif officiel.  
43 Alors, les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père. Entende, qui a des oreilles ! Justes de quelle justice ? ou de quelle justesse ? L'épreuve qui révèle le juste est celle de voir Dieu en Jésus Cf. "Ne nous introduis pas en épreuve, mais délivre-nous du Malin" (Mt 6, 13)  

Apocalypse

36 "Ézéchiel (Ez 36,25-28) disait que seule une Alliance nouvelle dans laquelle Dieu viendrait lui-même mettre dans l'homme son coeur de chair, pourrait réaliser l'ajustement de l'homme à Dieu. Or, c'est ce que Jésus vient faire. Mais Il voit bien que ce qui vient de Dieu se mêle à ce qui vient de Beelzevuv. Et ses adversaires lui reprochent de faire ses guérisons et exorcismes par la force de Beelzevuv. Qui tirera le pur de l'impur ? Et qui peut savoir si le méchant ne se convertira pas ? Comme chez le prophète Ézéchiel, Dieu est le seul capable de faire le jugement. Jésus livre cette énigme choquante à ceux qui voulaient arbitrer sa prédication. Attendez le jugement de Dieu comme dans Daniel (Dn 12)(JB[1])

37-43 Pour ceux qui suivent le Christ, la parabole est claire : "c'est vrai que si Dieu sème partout, le Diable lui aussi sème à son tour. Il faudra, à la manière de Daniel attendre que les justes et les injustes paraissent devant Dieu pour être jugés, les uns pour la vie et les autres pour la condamnation."(JB[1])

38-39 "Jusque-là, ce que dit Jésus peut s'appliquer au temps de sa prédication comme au temps de l'Église. Il ne restera plus ensuite qu'à faire le parallèle entre le temps de la prédication de Jésus et le temps de la prédication de l'Église avec, là encore, la perspective de la fin du monde et du retour du Fils de l'homme comme dans Daniel (Dn 12)(JB[1])

40-43 "Que, dans la mise à l'épreuve de voir Dieu en Jésus, nous ne nous laissions pas égarer par le Satan."[2]

Synthèse

"La lecture que Jésus fait du monde est claire : il y a un ennemi qui brouille les cartes, qui sème la zizanie (ivraie) au sein de l'oeuvre de Dieu. Mais cette lecture prend une acuité particulière si l'on voit que les temps nouveaux sont arrivés et que cela semble réveiller le Malin. Jésus, en annonçant le Royaume, en apportant la miséricorde du Père, dérange le Satan confortablement installé (Cf. les débuts de l'évangile de Marc). Pendant que certains s'ouvrent à cette miséricorde, d'autres se durcissent et se ferment, accusant même Jésus d'agir au nom de Beelzevuv.

Jésus, dans la perspective apocalyptique de Daniel, annonce que le jugement appartient au Père et que son dessein se réalisera; il exorte à ne pas se scandaliser du mal qui se mêle à l'oeuvre de Dieu, et à ne surtout pas s'ériger en juge, mais à s'en remettre à Dieu." (JB[1])

Méditation

"Je voudrais nous consoler tous à cause des ténèbres en nous, qui toujours, sont des élans essoufflés où remuent de sourdes résistances, complices de nos refus et, alors, vient en nous la pesante solitude. Coupés du Vivant ou de Celui qui donne la vie, nous voilà coupés du Seul dont on voudrait la visite. Et pourtant, la vertu de l’Esprit et la ré-génération spirituelle soufflent sur nous en autant d’appels à renaître, réparant les déchirures que l’homme porte en lui, pour nous aider à retrouver notre royauté intérieure et nous réveiller à nouveau dans les profondeurs de nous-mêmes. Même l’harmonie de la création témoigne, car le mystère de la beauté transfigure et manifeste des pouvoirs de l’esprit sur le corps. Une mystérieuse sève éternelle circule, invisible et silencieuse, dans ce visible qui nous entoure. Ce peut être la mer, les cieux, les astres, les montagnes ou le visage ami. Ce visible qui ne vit qu’à cause de l’inconcevable pensée cachée qui l’a voulu pour l’homme. Tout serait poussière morte s’il n’y avait la sève éternelle, le sang éternel, et la vie éternelle en toute chose contemplée. Et cette visitation-là, de ce Verbe qui se dévoile lentement en tout pour mieux nous étreindre et nous combler, est un acte continu de vie pour nous mener vers l’infini divin, suppléant à toutes nos faiblesses pour que vive l’âme en nos corps."

Françoise Burtz, Revue des AFB n°2 (extrait)

Sources :