A-La foi n'est pas une certitude, c'est une solidité
Comment, dès le début, Israël perçoit-il l'originalité de son expérience?
a.Israël fait l'expérience d'un contraste entre sa propre fragilité et la fidélité de Dieu. À mesure que le peuple de Dieu avance dans son histoire, il se rend compte qu'il ne « fait pas le poids » par rapport aux autres nations. A vue humaine, simplement « historique », Israël se rend compte qu'il est inexistence, poussière, « néant ». Comment tient-il debout? - Par la fidélité d'un appel; et c'est cet appel qui, de pierres, peut susciter des fils d'Abraham; du désert, une source; du fond de l'Exil, un nouvel Exode...
Israël vit la double expérience d'une relation forte avec une Présence-Rocher et de la faiblesse de l'homme, de l'inconsistance de l'histoire qu'effritent les malheurs du péché.
b.Cette Présence n'est pas maîtrisable: elle se dérobe sans cesse... «Je L'appelle; R me répond! » Oui, mais ce n'est pas automatique !
Croire, c'est goûter une Présence qui maintient mystérieusement Israël en vie; il y perd ses garanties humaines. Cette Présence réclame l'abandon de ses propres assurances et le fait entrer dans sa solidité, la solidité vivante d'un Rocher qui, toujours, le précède et l'accompagne.
Faire attention à Dieu, c'est lâcher ses références, se convertir (meta-noia), changer son point de vue, ne plus voir dorénavant qu'avec les yeux de l'Autre, adopter sa « vision du monde ».
c.Cet abandon rend Israël solide en Dieu, cette aventure le consolide intérieurement.
Voilà bien le paradoxe du croyant: aux yeux du monde, tout l'abandonne; en fait, il s'abandonne à son Dieu. Il grandit en Dieu et reste solide quand tout s'écroule autour de lui; il tient debout et l'on va s'appuyer sur lui, car il est devenu un roc sur lequel on peut construire.
Cette consolidation intérieure est au prix d'un certain nombre de paniques; cette confiance, la résultante d'un certain nombre d'angoisses.
d.La foi biblique n'est pas la garantie d'avoir raison, d'être « du bon côté ». C'est plutôt l'exclamation qui jaillit du cœur des rescapés: ils s'aperçoivent que, dans la tourmente, ils auraient pu, ils auraient dû disparaître... Ils se retrouvent et s'étonnent : « Nous sommes encore là ! Vivants ! Comment donc ? Cela ne vient pas de nous, mais d'un Autre ! Dieu est avec nous de façon mystérieuse; ses moyens ne sont pas les nôtres... »
Telle est la foi biblique: elle n'est pas la certitude du lendemain, elle est liée à l'espérance; alors même qu'il n'y a plus d'espoir, elle est totale remise de soi à Quelqu'un. Au fur et à mesure qu'lsraël avance sur l'eau (Léviathan, le chaos, la mort), grâce à Dieu il devient solide, de plus en plus solide en lui. Et cette solidité n'est ni idéologique, ni morale; elle est faite de fidélité à Quelqu'un qu'il découvre au fur et à mesure qu'il avance en lui faisant confiance.
