Document-Théo-Philo: Textes des Pères sur le Mariage

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Textes des Pères sur le Mariage [Gam 4s/annexe 10.3]
   Tertullien : les richesses du mariage chrétien  

Comment décrire la félicité du mariage célébré devant l'Eglise, confirmé par le sacrifice eucharistique et scellé par la bénédiction, auquel assistent les anges et auquel le Père céleste accorde sa grâce ?

Quel beau couple forment deux chrétiens qui partagent la même espérance, le même idéal, le même mode de vie, le même esprit de service ! Tous deux frères, tous deux au service du Seigneur, sans aucune séparation, ni dans la chair ni dans l'esprit. Ils sont, de fait, deux en une seule chair.

Etant une seule chair ils sont aussi un seul esprit : ils prient ensemble, ils se prosternent ensemble, ils font pénitence ensemble ; ils s'instruisent et s'exhortent mutuellement, ils se soutiennent mutuellement. Ils viennent ensemble à la sainte assemblée et participent ensemble à la table divine. Ils sont unis dans l'épreuve et dans la joie. L'un ne se cache pas de l'autre, ne fuit pas l'autre, n'est pas un poids pour l'autre.

Ils visitent volontiers les malades, aident les besogneux. Ils donnent avec générosité, se prodiguent avec sincérité, s'adonnent aux tâches quotidiennes avec sérieux, ne sont pas muets quand il s'agit de louer le Seigneur.

Le Christ qui voit et entend tout se réjouit et envoie sa paix. Là où ils sont tous deux, là est le Christ : et là où est le Christ, il n'y a pas de place pour le Malin.

cité dans Pierre Beatrick, Introduction aux Pères de l'Eglise, 1987

  Astère d'Amasée (5ème siècle) : exhortation à la fidélité  

Aujourd’hui, écoutez-moi, vous les marchands de mariage, qui changez de femmes comme de manteaux, vous qui bâtissez des foyers aussi facilement que des baraques de foire, vous qui épousez les richesses, trafiquer des femmes, vous qui, au moindre grief, écrivez l’acte de répudiation ; vous enfin qui, encore vivants, laissez des veuves. Persuadez-vous que seuls la mort et l’adultère peuvent briser un mariage. Une union légitime et vraie n’est point commerce de prostituée, ni éphémère jouissance.

Que répondra l’accusé ? De quelle excuse couvrira-t-il son impudence ?

« J’ai une femme insupportable : elle parle à tort et à travers, grogne toujours, néglige la maison. »

Sans doute, je te plains et je compatis, comme ces justes étourdis qu’apitoient les récriminations des plaignants. Mais dis-moi, au premier jour, quand tu l’épousas, ignorais-tu que tu te liais à un être humain ? Ne savais-tu pas que tout homme est rivé au péché, Dieu seul étant exempt de faute ? Ne pèches-tu toi-même ? N’importunes-tu jamais ta femme par tes colères ? Es-tu sûr de n’avoir aucun tort et de ne jamais manquer à tes devoirs ?

Ne rêvons plus mes frères. Restons fidèles à nos conjoints, qui sont nos membres.

 
   Saint Léon le grand (5ème siècle) À sa ressemblance  

Biens aimés, si nous comprenons à la lumière de la foi et de la sagesse les débuts de notre création, nous découvrirons que l’homme a été fait à l’image de Dieu (Gn 1,27) pour imiter son auteur et que notre dignité naturelle consiste en ce que la ressemblance de la bonté divine brille en nous comme en un miroir. Cette ressemblance, la grâce du Sauveur la restaure tous les jours en nous, car ce qui est tombé dans le premier Adam est relevé dans le second.

Or, le motif de notre restauration n’est autre que la miséricorde de Dieu ; nous ne l’aimerions pas s’il ne nous avait aimés le premier (1 Jn 4,19). C’est pourquoi, en nous aimant, Dieu nous restaure à son image et, afin de trouver en nous la ressemblance de sa bonté, il nous donne le moyen de faire nous-mêmes ce qu’il fait ; il allume, en effet, le flambeau de nos intelligences et nous enflamme du feu de son amour, pour que nous l’aimions, et non seulement lui, mais aussi tout ce qu’il aime.