Document-Théo-Philo : Pourquoi faut-il nécessairement passer par les Écri­tures ?

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Théo-Philo

Pourquoi faut-il nécessairement passer par les Écri­tures ?

  • Parce que l'Écriture est la langue dans laquelle tout événement de Salut doit se dire pour pouvoir être compris.
  • Mais n'est-ce pas là une pétition de principe?
  • Non ! Essayons d'approfondir...

Si la foi n'est pas un acte de confiance purement subjectif, elle se reçoit et se transmet dans une tradition de foi. La langue secrétée par cette tradition est le « média » de la Révélation. On va chercher les vieux textes pour comprendre les événements nouveaux: c'est typiquement biblique. Ne faut-il pas être de la famille pour comprendre ce qui arrive aux relations dans cette famille ? Être initié à un certain équi­libre familial et relationnel pour comprendre ce qui arrive de nouveau ? Il faut avoir été « vacciné » très tôt contre toutes les idolâtries pour percevoir spontanément que telle ou telle attitude ne convient pas, qu'elle est projection sur Dieu de nos propres désirs...

L'Écriture est le milieu dans lequel on peut naître par grâce, être introduit de façon correcte dans le mystère de Dieu et comprendre ce qui arrive. Jésus est né dans ce milieu ; les Écritures sont sa première matrice. La qualité de sa mater­nité, Marie l'a reçue des Écritures, de son héritage spirituel; car la maternité virginale est d'abord un enjeu spirituel. Israël ne se reçoit et n'engendre à la foi que par le Sinaï: c'est Dieu qui le fait exister et lui donne d'engendrer des fils; les mères autrefois stériles sont considérées comme autant de paraboles de cette vérité : Dieu seul féconde par sa Parole.

L'Écriture fournit à Jésus sa structure mentale : les psaumes, les dix-huit Bénédictions, l'office à la synagogue, la contemplation du Sinaï, les oracles des prophètes... bref ! la condition d'incarnation de Jésus, ce sont les Écritures.

Et quand Jésus va dire l'originalité de sa vocation, mani­fester ce qu'il a dans le cœur, révéler ce mystère de foi, cet accueil de quelqu'un d'Autre, comment va-t-il l'exprimer, sinon à travers les catégories sinaïtiques? Ainsi montre-t-il qu'il se situe dans l'économie totale du dessein de Dieu.

Jésus déploie le mystère qui était à l'œuvre dans le Sinaï; et que dit-il d'original ? - Il affirme que les Écritures ne sont pas données seulement pour souligner l'abîme entre Dieu et l'homme, mais qu'elles sont à entendre et à vivre comme un

échange d'amour, qu'elles sont données pour susciter notre être filial.

 

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fb1c015-adams.jpg, © Françoise Burtz
Adam, détail de 1 Co 15 © Françoise Burtz
 

Jésus, on le voit, se reçoit des Écritures, prolonge les Écritures et les habite de façon toute filiale: il est chez lui dans la Maison du Père.

Dans cette maison, maintenant habitée par lui, Jésus nous accueille; le Fils nous introduit à l'habitation intérieure des Écritures, il nous en donne le sens. Ainsi introduite par le Fils, l'Église habite les Écritures comme sa maison; elle y est chez elle, témoin de leur accomplissement par le Fils.

Dans sa prédication, elle fait sans cesse référence aux Écritures; elle les porte comme sa Parole: il ne s'agit pas d'y chercher des preuves, mais de se référer à une Tradition qui ouvre au mystère de Dieu et le reçoit filialement. En recourant ainsi à l'Écriture, les prédicateurs de l'Évangile pourront présenter Jésus comme la réalisation du dessein créateur de Dieu, dont ils verront dès l'ancien Sinaï les premières orien­tations.

Jean-Marie Beaurent, Resources théologiques et philosophiques, pp331-332