Document-Esthétique : Françoise Bürtz

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Françoise Bürtz : L'art comme une vocation  

Une maison accueillante dans la périphérie de la banlieue lilloise. Une pelouse bien verte où régnent des nuées d'oiseaux Françoise Bürtz nous accueille dans son atelier dont la verrière donne sur une rangée de peupliers.

Née d'une mère artiste peintre, elle commença à peindre à l'âge de trois ans. Sa mère la promenait dans les musées et puis, ajoute-t-elle : « J'ai vécu mon enfance à Colmar, à deux pas du retable de Grünewald. » Elle voulut devenir artiste : elle le devint. A Paris, elle côtoyait les grands noms de ce monde : Chagall, Matisse, Picasso, Cocteau, Malraux... Voyages à travers le monde, grandes expositions, musées prestigieux. Mais Françoise Bürtz était tiraillée : « Quand je voyais une cathédrale, mon cœur explosait mais mon imprésario me disait de « ne pas regarder ces 'cochonneries' car l'art moderne a coupé ses racines. » Comme beaucoup de jeunes, il y eut l'année de toutes les remises en cause, 1968.

Deux rencontres bouleverseront son parcours. L'une avec Marthe Robin et Jean Guitton où ils commentèrent une phrase de Paul VI sur un art chrétien qui serait théologie. L'autre avec la Terre Sainte. « Ça a été une démarche de plus de trois ans, affirme Françoise. Je voulais fuir la névrose de l'art moderne. En allant en Israël, en m'agenouillant à Bethléem, j'ai compris que l'infini s'était limité dans un visage humain et que ce visage doit être dit dans une figuration. » C'est pourquoi la suite de cette traversée du désert sur les traces du Dieu de vie se poursuivit, pour l'artiste, par des cours de théologie à Fribourg. Elle rencontre aussi l'abbé Bernard qui étudie le judaïsme, « mes racines juives ». Elle ira aussi en Russie découvrir l'art de l'icône. En lien avec l'association Mess'Aje spécialisée dans la catéchèse des adultes, Françoise Bürtz définit peu à peu son art.

Elle peint un thème sur un très grand panneau de bois. Les scènes bibliques s'y suivent et s'y enchevêtrent s'appelant l'une, l'autre comme dans un vitrail. On a une vue d'ensemble mais sur ce panneau de plusieurs mètres, le visage d'un personnage de quelques centimètres y est décrit avec la plus grande précision. Ce qui permet ensuite à un photographe d'en prendre les détails et de raconter l'histoire au rythme d'un audiovisuel. Le tableau de Genèse lui a demandé ainsi, deux ans d'études théologiques et... sept ans de peinture.

 

 

Françoise Bürtz
Françoise Bürtz, © Françoise Burtz

Les épreuves furent aussi nombreuses. De riche, elle devint très pauvre quand elle eut fait son choix. Elle perdit sa famille dans un accident. L'impression aussi que l'art n'intéressait guère l'Église aujourd'hui. Actuellement elle perd la vue et souffre terriblement des mains, son outil de travail. Deux choses la préoccupent : la Création que l'homme ne respecte pas et le mystère de l'unité. « La création, c'est la plus belle œuvre d'art. Ça me rend malade de voir comment on la traite. Comment voulez-vous qu'un enfant qui vit dans un milieu pollué trouve ses références. » « Quand je reçois les enfants des écoles je les entends discuter. Ils sont chrétiens, musulmans, bouddhistes. Ils me parlent de Dieu. C'est fabuleux ce mystère de l'unité à l'œuvre. »

Jean-Michel MERLIN

« Messages » du Secours Catholique — déc. 93