Document-Esthétique : Commentaire du tableau Béatitudes de Françoise Burtz
La contemplation fait naître des paroles d’Écriture.
C’est une icône, donc tout est représenté à plat, avec une perspective inversée : il faut quelqu’un devant, qui regarde.
Il y a un cercle, une ronde autour de Jésus.
Pourtant Jésus n’est pas au centre géométrique. Des diagonales très nettes ouvrent le cercle, reliant les mains, les visages ; avec des lignes marron ébauchant les branches d’un arbre, d’une croix ? Pourtant rien de mathématique, pas de rond, ni d’angle droit.
Le fond est de couleur terre, vert sombre, marron, noir : c’est notre terreau où tout s’enracine. Au-dessus, beaucoup de rouge, d’orange, de pourpre et d’or : ce sont des couleurs précieuses qui disent le Royaume.
En blanc l’Agneau, la fleur, les deux hosties reliées par un flot blanc : des signes qui disent la transfiguration.
L’Agneau : toute l’humanité assumée dans un seul sacrifice pur et parfait.
La fleur : épousailles du ciel et de l’humanité.
L’hostie : sacrifice, don pur et humble que l’on peut recevoir.
L’Agneau : signe de Dieu L’Eucharistie : signe pour nous.
Noter la lumière des regards tous différents : ce sont les réfractions d’une lumière unique. Chacun est nécessaire pour que se dise l’unique vérité.
Jésus n’est pas au centre et pourtant au centre d’une dynamique : il est essentiel à l’équilibre du tableau. Le terme en hébreu "Ashre" indique un mouvement et une plénitude comme le "buenaventurados" espagnol.
Les regards : personne ne regarde Jésus. Chacun est entraîné, tout est ouvert, on est invité à entrer.
Les personnes : aucune n’est isolée, une énergie les tient toutes ensemble...
Cette communion est très parlante, étonnante. Par exemple à gauche, il y en a un qui tient dans ses bras deux autres personnages ; il est impossible d’attribuer les cheveux, signe de la force dans l'Ancien Testament.
La Miséricorde a deux personnes sur son cœur : le nimbe a pris la couleur de sa robe. Quand on fait miséricorde, on invite l'autre à devenir miséricorde. Lorsque nous avons accueilli le pardon, nous pouvons pardonner. Un en trois : il y a trinité d'amour, cela circule comme dans le tableau de Roublev. Le pardon couvre nos péchés : la main très blanche recouvre la honte du visage.
Le visage barré : il y en a deux dans les angles, ils sont à la limite de l’exclusion. Celui du haut est riche d’enseignement : pourtant pas de regard, bouche fermée, corps en forme de larve, à la limite de l’humain.
Le très pauvre, sa main est celle d’un prêtre, juste en haut d’un bout de croix, sur l’Agneau. La prière du pauvre perce les nuées. Sa main bénit, consacre. C’est celle même de Dieu.
Celui du bas n’a pas droit à la parole, il est inversé, contrarié, incompris, rebelle ? Pas dans le ton, pas facile à écouter. Le bras, la manche verte évoquent l’humanité qui crie vers Dieu.
Noter le balancement, le rythme entre le cercle et les diagonales, entre les visages heureux ou souffrants, apaisés ou torturés, en pleine lumière ou cachés. C’est le rythme même du texte des Béatitudes.
Le persécuté et sa robe pourpre ne font qu’un avec le calice et la croix. Les noces sont accomplies. Son visage reflète celui du Christ.
Deux personnages sont cachés dans la même verticale : l’un derrière l’Agneau, l’autre derrière la main.
La Croix, décalée, cassée. Passe sous le coude, sous le menton du Christ, sur l’Agneau, à droite de la femme qui pleure.
Toutes les mains sont en accueil, en offrande, sauf celle du persécuté.
Le pied évoque Is 52 : « Heureux les pieds ce celui qui apporte la Bonne Nouvelle ».
Le persécuté évoque Jérémie et le Serviteur Souffrant d’Is 53.
Le personnage barré rappelle le Christ Agneau des Evangiles de l’enfance. Il nous rappelle aussi que le vrai pauvre, c'est le Christ : Is 53 : « Il n’avait plus figure humaine. »
Le vert évoque l’humanité. Remarquer la forme de calice.
Danièle CATTIAUX et Agnès PRUVOST
Gam 3ème seuil annexe 5.1
