Conclusion

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Comment entrer en christologie de façon correcte ? [Jean-Marie Beaurent, RTP/282-298
CONCLUSION  

Nous avons vu comment articuler foi et histoire sans les opposer et entrer ainsi en christologie de façon correcte.

Récapitulons les étapes parcourues:
1.    La foi biblique ne peut être séparée de l'histoire ; elle appelle nécessairement la référence à certains événements historiques; sinon, c'est du mythe.
2.    Dans l'histoire appelée par la foi, l'histoire de Jésus est celle d'une cassure, d'un événement critique:
•    ou bien il n'est interprétable qu'à la lumière du premier Sinaï;
•    ou bien il doit être interprété avec des yeux neufs, une nouvelle lumière.
Cet événement-là demande que nous choisissions:
•    ou bien Jésus est un prophète comme un autre; il n'a rien apporté de fondamentalement nouveau et le Sinaï demeure la seule référence;
•    ou bien nous accueillons en Jésus une radicale nouveauté par rapport à l'Ancien Testament.
L'histoire de la foi chrétienne est celle d'un long cheminement vers un nouveau discernement et celle d'une pâque vers le choix radical pour Jésus reconnu comme nouveau Sinaï.
3.    Où se situe la ligne de cette cassure, l'articulation entre ces deux solutions ?
-    Elle se situe dans la personne de Jésus. Sa personne est la clé de l'événement (ce qu'a bien vu Schelling). La personne de Jésus est le contenu même du message évangélique. Mais qui est Jésus ?
-    C'est tout ensemble un problème de foi et un problème d'histoire.

 

4.    Comment Jésus parle-t-il de lui-même ?
-    Il faut l'écouter pour savoir s'il est interprétable uniquement à partir de l'Ancien Testament, ou à partir de sa nouveauté même, dont témoigne le Nouveau Testament.
5.    Cet événement premier ne concerne pas simplement Jésus; il intéresse aussi ses contemporains et les générations qui suivent: d'abord les apôtres, les disciples, puis la génération de Polycarpe, celle d'Irénée ensuite
et les martyrs de Lyon... qui incorporent l'événement et en font un événement ecclésial.
6.    Comment cette expérience ecclésiale, faite à la fois de tradition et de création, à partir de langages grecs et barbares ou... contemporains, comment cette tradition demeure-t-elle, malgré tout, enracinée dans l'événement premier?
À quelles conditions n'est-elle pas seulement un événement de dérive, de traductions qui seraient en même temps des trahisons successives?
Comment ce corps ecclésial, cet événement communautaire, est-il sans cesse une communion à l'événement premier et donc manifeste-t-il l'extension, le rayonnement, la plénitude (ce que saint Paul appellera « le plérôme ») de l'événement premier?
Ceci n'est possible que si l'expérience ecclésiale se reçoit, encore aujourd'hui, de l'événement du Christ grâce aux sacrements.
Telles sont les six étapes que nous avons essayé de parcourir.
La christologie n'est donc correcte que célébrée en liturgie et reçue des mains du Christ lui-même.