c. L'infaillibilité de l'Église et dans l'Église
Animée par l'Esprit du Christ, son Église, ordonnée par ses pasteurs à célébrer le mémorial de son Seigneur et à témoigner devant les peuples, est donc porteuse d'une vérité plus grande qu'elle-même, d'une présence qui rayonne à travers ses tâtonnements, ses fragilités, voire ses erreurs historiques. De même que l'Écriture est dite « inerrante » malgré le foisonnement de ses sources, de ses expériences bigarrées et parfois contradictoires, parce qu'elle est habitée par un Esprit qui la fait parler d'un Autre - en qui Israël reconnaît son sauveur et créateur, de même la tradition ecclésiale ne peut se tromper dès lors qu'elle essaie de vivre et de témoigner de la grâce qui lui fut faite dans l'événement du Christ.
Cette vérité n'est pas d'ordre historique, ni même philosophique; elle transcende l'histoire tout en s'y incarnant. Elle ne peut se situer en concurrence avec les savoirs du monde que l'homme construit à partir de ses propres perceptions et expériences empiriques. Certes, ceux-ci sont normalement ouverts à un refaçonnement Incessant et peuvent se situer sur un horizon de dévoilement de sens; ils sont donc accessibles à la question métaphysique. À ce niveau de questionnement, l'Église peut avoir une parole originale à prononcer concernant la vocation de l'homme, le sens de la nature et de l'histoire, la vision de l'autre ou de l'être.
Elle témoigne donc de la vérité du Christ et la propose comme sens du monde, mais elle le fait à la manière du Christ qui s'est fait serviteur de l'homme et a témoigné du Père dans un geste d'amour. La façon même de proposer la vérité et de défendre ses droits ne pourra pas se faire de manière totalitaire et inquisitoire: elle devra sans cesse apprendre que sa proposition prend force dans la vulnérabilité de l'amour divin. (Cf. image 16.)
Le collège épiscopal a charge d'enseigner: il rappelle sans cesse à l'Église cette vérité qu'elle porte «commeen un vase d'argile»... Les évêques doivent remplir cette tâche avec force et douceur, à la manière du Christ. Unis entre eux et au siège de Pierre, leur magistère est doté, lui aussi, d'infaillibilité, lorsqu'ils se rassemblent tous - par exemple, en concile - sur des décisions claires concernant la foi et la morale.
Enfin, l'évêque de Rome, en vertu de son ministère particulier au milieu de ses frères évêques et de l'Église universelle, les confirme dans la foi et peut donc proclamer comme certaines des définitions concernant la foi et la morale.
Ce n'est pas la personne du pape qui peut ainsi prononcer infailliblement des vérités qui seraient, par là même, soustraites au jugement et à la critique, mais c'est bien le pasteur de l'Église universelle qui peut exercer ce service dans les circonstances strictement définies par le droit.
Ce droit ne détache pas l'exercice de l'infaillibilité pontificale de l'expérience vivante de tout le peuple de Dieu, ni de la communion avec l'épiscopat, mais il ne le fait pas dépendre d'une unanimité démocratique ni d'une décision majoritaire. Encore une fois, c'est la dynamique d'une communion en vis-à-vis qui est ici à l'œuvre, au service d'une vérité qui ne nous appartient pas et que, cependant, nous portons au monde, malgré nos limites humaines.
Ce charisme de l'infaillibilité de l'Église et dans l'Église est bien un don de l'Esprit du Père et du Fils. Il ne peut être un droit que l'on s'approprie ou que l'on revendique.
