Baptême de Jésus : synopse et dissimilarités : conclusions

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Baptême de Jésus : conclusions [sources : Gam 3ème seuil / 26-27]
   Marc  

Marc : Tout se passe entre le Père et Jésus: récit de vocation prophétique en trois temps :

  1. L'événement
  2. Vision des cieux ouverts et signe.
  3. Mission donnée par la voix du ciel.
   Matthieu  

Matthieu : Perspective anti-baptiste. C'est Jean Baptiste qui devrait être baptisé et c'est à lui que s'adresse la voix du ciel pour lui dire que c'est Jésus, et non lui, qui est le fils bien-aimé.

   Luc  

Luc : même tendance à estomper la réalité du baptême de Jésus. Jean est déjà en prison quand on parle de l'événement qui est relu à la lumière de la Pentecôte.

 

   Jean   
  : Tendance anti-baptiste. L'événement est théologisé: Jésus est Verbe du Père. "Voici l'Agneau de Dieu" peut viser le prophète Élie ou Hénoch. 

Conclusion :  Jésus s'est vraiment fait baptiser par Jean. Les évangélistes le rapportent alors que l'événement est gênant, puisqu'il ferait entendre que Jésus n'est que disciple de Jean. Mais, derrière ces récits, quel a été ce baptême ?

Le baptême de Jésus se distingue de celui du Baptiste

Vision, signes et mission indiquent un récit de vocation. Le baptême inaugure le ministère de Jésus.

Le ciel s’ouvre, signe de la réouverture de la prophétie (Is 63,19-64,1Ah ! si tu déchirais les cieux ! Devant ta face fondraient les monts, comme le feu enflamme des brindilles). Or, ce n’est pas le feu qui descend du ciel, mais une colombe, symbole d’un peuple[1] [2] à construire ou à sauver.

La voix du Père désigne Jésus : « Celui-ci est mon fils bien-aimé » ; ceci évoque son introni­sation ou sa naissance comme le souligne Lc 3,22 en reprenant le Ps 2 « Tu es mon fils ; Aujourd’hui, je t’ai engendré ». Jésus est le fils, serviteur de Yahvé (Cf. 2ème Isaïe). À partir de ce moment, Jésus va commencer à prêcher le Royaume et à faire des disciples. Il rompt avec Jean Baptiste, qui, lui, annonce la fin du monde. Ce baptême tel qu’il est présenté par Luc correspond à la fondation d’un peuple nouveau. C’est ce qu’évoque la colombe, symbole du peuple qui revient d’Exil.

NB : Le ciel s’est-il vraiment ouvert ? La voix du Père s’est-elle vraiment fait entendre ? Au-delà de la méthode de l’éventail (double dissimilarité), notons que l’auteur part de l’événement et en retient ce qui fait écho à des passages de l’Écriture (Is 63,19) en vue de la foi[3]. De même, le récit du baptême de Jésus est à comprendre à la lumière de l’entrée de Josué dans la Terre Promise (Jos 3) et donc de l’Exode.

Le baptême de Jésus se distingue de celui des chrétiens

Le baptême de Jésus est original, il ne correspond ni à ceux pratiqués à l’époque, ni au baptême chrétien[4]. Le baptême après Pâques, deviendra "plongée" dans la mort et la résurrection, dans la Pâque de Jésus (Cf. Rm 6) et la Tradition chrétienne verra dans le baptême de Jésus, une préfiguration de sa Pâque. (Voir enjeux théologiques)
 

[1] La colombe dans l’AT désigne toujours le peuple qui rentre d’Exil ou qui sort du chaos (Gn 9).

[2]  Le serviteur bien-aimé est l’idéal des nazôréens qui attendaient un fils parfait.

[3]  Nous retrouvons ici le pesher, Cf. séquence introduction, Bible-histoire.

[4]  Nous verrons qu’avec la prédication du Royaume, les baptêmes vont cesser, ainsi que les ablutions (Cf. Le 11,37- 41) puisque le Royaume est là ! (Jn 3,22-23; 4,1-2). Cela indique que la rupture avec le Baptiste s’est faite progressivement.