B-La foi est un acte, une pratique; elle engage toute la vie.
« La foi sans les œuvres est une foi morte » (Jc 2,17). Saint Jacques affirme là une constante biblique.
a. Dans la mesure où la foi s'exprime en une certaine forme de vie, elle requiert des règles, des institutions; elle exige une fidélité à des gestes, des paroles, des récits. On ne croit pas en des récits, certes! Mais en Quelqu'un; c'est pourquoi on relit les récits dans lesquels on l'entend parler. Israël met sa foi en Celui qui a parlé dans l'événement de l'Exode; il relit donc sans cesse le récit de l'Exode, car Dieu continue de l'y appeler.
S'il pratique avec constance les halakhot (préceptes), les mitsvot (ordonnances), les gestes liturgiques, Israël ne peut pourtant jamais s'appuyer sur cette pratique pour se justifier :
ce serait l'inverse de l'expérience première, de cet abandon de toute garantie, de cette conscience d'être poussière et de ne tenir debout que par la grâce de l'Autre à qui il s'en remet totalement.
Si le croyant abandonne progressivement son assurance propre pour entrer dans la solidité de Dieu; s'il laisse son point de vue pour entrer dans le regard que Dieu porte sur les êtres et sur les choses, il inaugure, par le fait même, une nouvelle pratique: il agit différemment parce qu'il a changé son point de vue sur la vie. La foi est bien un acte vital qui engendre des œuvres.
La problématique du XVIe siècle: « ou bien la foi, ou bien les œuvres », est inconnue de la Bible.
b. Cette pratique est fidélité malgré tout, malgré l'évanescence de la vie, les trahisons des hommes, les catastrophes politiques. La mort entraîne le croyant mais, aujourd'hui, il prépare demain pour ses enfants; le mensonge l'environne, il continue pourtant de faire confiance aux autres; les événements de son histoire sont désastreux, néanmoins il fait en sorte qu'un avenir soit possible pour le peuple... C'est dans l'impasse que l'homme de foi agit avec fidélité; quand tout est perdu, il Importe de poser des actes qui permettent d'espérer.
Cette foi pratique inclut la patience: « tenir bon » pour que demain soit encore ouvert à Dieu. L'homme de foi « tient bon », non pour se prouver à lui-même sa constance, mais pour permettre à ses fils de continuer à croire demain, pour maintenir l'histoire ouverte.
c. Cette pratique de fidélité s'enracine dans la mémoire : c'est une pratique de « mémorial ».
Qu'est-ce qui donne la force de tenir malgré tout, de poser des actes qui ouvrent l'histoire ? - L'histoire des Pères, l'histoire d'Israël ! Le peuple puise dans ce souvenir une force, une reconnaissance nouvelles, un amour neuf; il plonge ses racines dans le passé pour grandir dans sa vocation présente. Parce qu'il médite les hauts faits que Dieu a accomplis en sa faveur, il peut aujourd'hui trouver le courage de préparer demain... Revenir sur les merveilles de Dieu pour y découvrir un projet éternel.
d. La foi est attention au présent: c'est aujourd'hui qu'il s'agit de décider, c'est maintenant qu'il faut inscrire dans le réel cette ouverture de l'histoire. Autrement dit, la foi s'organise en loi (récit, mémorial), en liturgie (prière, sacrifices); ce n'est jamais un sentiment pur et individuel, mais immédiatement un engagement dans la vie concrète selon toutes ses dimensions: institutionnelle, politique, morale, etc.
